La jupe pour les hommes, encore un tabou ?

À Nantes, six conducteurs de la Semitan – société de transports nantaise – ont échangé leur pantalon contre une jupe. Depuis dimanche, les températures dépassent les 30 degrés. La canicule est au rendez-vous, mais pas la clémence des employeurs. Si les chauffeurs ont porté des jupes mardi 20 juin, c’est pour dénoncer l’interdiction de bermudas au volant. L’entreprise, créée en 1979, rejette leurs revendications, manquant de professionnalisme.

L’initiative est signé CFDT (Confédération française démocratique du travail). Face au fort ensoleillement, ces employés travaillent dans des conditions difficiles. Sans climatisation, ils sont obligés de porter un pantalon. Pourtant, les usagers des transports en commun ne voit que leur tronc lorsqu’ils rentrent dans le bus ou le tramway. « En période caniculaire, nous atteignons des températures proches de 50 degrés derrière nos pare-brise », explique le responsable CFDT à la Semitan, Gabriel Magner.

Depuis 2013, ils demandent de pouvoir enfiler un bermuda ou un panta-court pour aller au travail. Ils dénoncent une forme de discrimination car leurs collègues femmes possèdent déjà ce droit. L’ancienne ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, Laurence Rossignol soutient leur combat sur les réseaux sociaux.

To skirt or not to skirt ?

La société Semitan pense que le short n’est pas adapté. Mais, peut-être est-ce une question d’image. Dans la société actuelle, les apparences importent énormément. Du poids des mannequins à l’usage abusif de Photoshop, les jugements portent sur le paraître. Alors, comment ne pas être choqué lorsque la gente masculine décide de porter la jupe ?

La jupe a le pouvoir. Les préjugés n’arrêtent pas les hommes de vouloir obtenir les mêmes droits que les femmes. Car l’égalité des sexes va dans les deux sens. L’association HEJ, des Hommes et des Femmes pour la Jupe au Masculin, se bat pour que cette pièce de mode s’intègre dans le style masculin depuis 2007. Elle dénonce le caractère intégriste de la société occidentale. Homosexuel, travestis, transgenre, … ses adhérents luttent contre tous les clichés collés à un adepte de la jupe.

http://asso.i-hej.com/index.php

Il existe même des marques exclusivement pour ces bouts de fabrique. Comme celle de Jennifer Marano et Jean-Guy Beal, Hiatus. Ils dessinent, conçoivent, confectionnent et commercialisent leurs produits en France, à Nîmes. Ils cherchent à changer les mœurs, à bousculer les habitudes. Sur leur site hiatus-shop.com, ils disent « choisir la rupture » afin de « décaler son point de vue pour mieux analyser ».

La jupe, à l’origine portée par des hommes

Le créateur Marc Jacobs aujourd’hui, l’empereur Jules César hier. La jupe est encrée dans l’histoire de toutes les époques. À l’Antiquité, les Romains et les Grecs portaient des toges ou des tuniques. Les Égyptiens étaient plutôt friands des pagnes. Au Moyen Âge, les vêtements des femmes et des hommes s’avèrent similaires. Une histoire d’amour qui dure jusqu’au XVIIIème siècle.

Dans les sociétés modernes, elle apparaît sous forme de kilt au Royaume-Uni et de soutane chez l’Église romaine – catholique. À l’origine, le kilt était l’habit de prédilection des Vikings. Répandu à travers l’Europe du Nord, les guerriers écossais en ont ensuite hérité. Aussi appelé le « plaid », il passe par l’Irlande et la Normandie.

Kilt à gauche, sarong à droite (© The Scotland Yard / Stuff Fundies Like)

Dans les années 60, une nouvelle mode unisexe naît. L’artiste argentin Gustavo Del Rio crée la toute première jupe pour homme. Au fil des décennies, nombreux sont les créateurs qui essaient de l’introduire sur les podiums, tels que Jean-Paul Gaultier.

Mais en Asie du Sud ou au Sri Lanka, le port du sarong – pièce de tissu rectangulaire mixte – est banalisé. En Inde, les hommes portent le dhoti. Généralement blanc, il se noue autour de la taille et passe entre les jambes.

Marie Boetti 

(Source Photo : ParisMatch.fr)

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