Cinéma

« Les Filles du docteur March » : un récit classique libérant la parole des femmes

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En salle depuis le 1er janvier, la nouvelle adaptation du livre « Les Quatre Filles du docteur March » réalisée par Greta Gerwig est un somptueux mélange du roman original sorti en 1868, doté d’une touche contemporaine. 

Si vous avez aimé le roman « Les Quatre Filles du docteur March » de l’auteure Louisa May Alcott, vous ne serez pas déçu(e)s de la nouvelle adaptation à l’écran réalisée par Greta Gerwig (Lady Bird). La réalisatrice nous transporte à la fois au cœur des sources du roman tout en y apportant une vision atemporelle et actuelle.

Les quatre sœurs sont interprétées par les actrices : Saoirse Ronan, Emma Watson, Florence Pugh et Eliza Scanlen. Elles endossent des personnage, aux caractères bien différents, avec des idées tranchées sur leurs désirs et leurs aspirations en tant que femmes au XIXe siècle. 

« Les Quatre Filles du docteur March », adapté de nombreuse fois au cinéma et à la télévision, trouve dans les mains de Greta Gerwig une touche de modernité. Le film alterne entre le passé et le présent. On y oublie parfois que la cinéaste relate les faits de protagonistes vivant au temps de la guerre de Sécession. Seules les coiffures et les longues robes sont là pour nous le rappeler. 

Jo March, la voix du féminisme 

L’histoire débute avec Jo March (Saoirse Ronan), déjà installée à New York, défiant les critiques de son éditeur M. Dashwood ou encore celles de Friedrich Bhaer (Louis Garrel). Elle ne se laisse pas abattre et continue à écrire sans relâche. Elle a l’espoir d’être un jour publiée. Jo ne veut pas d’une vie bien rangée. Elle souhaite garder sa liberté, quitte à se persuader qu’elle ne peut se laisser aimer par Laurie (Timothée Chalamet). Jo March incarne la femme de notre temps : indépendante, gagnant sa vie par ses propres moyens, sans avoir besoin de se faire entretenir par un homme.

Sa sœur, Amy (Florence Pugh), artiste peintre, cherche aussi la gloire et la reconnaissance. Chouchou de la grande tante March peu sympathique, elle part s’installer à Paris pour s’y faire un nom. Consciente de la difficulté d’être une femme à l’époque et d’être acceptée comme indépendante, Amy cherche toutefois un homme riche pouvant subvenir à ses besoins, par précaution. Pour elle, le mariage n’est rien d’autre qu’une source d’argent, qui lui apporte la sécurité. Mais une fois de plus, Laurie entre en jeu dans le cœur de cette femme. Le jeune orphelin vit avec son riche grand-père (Chris Cooper). Il est à la fois un grand séducteur de ces dames, mais aussi celui qui les fera réfléchir sur leurs véritables convictions. Jo March acceptera l’idée d’être aimée. Quant à Amy, elle prendra conscience de l’importance de se marier avec une personne que l’on aime. 

Entre rivalité et tendresse 

L’actrice Emma Waston, que nous avons l’habitude de voir jouer des rôles forts, portant la voix du féminisme, joue ici le rôle de Meg. Une femme acceptant sa condition. Jeune, elle rêve d’avoir une vie de princesse et se fait passer pour une autre lors des bals parisiens. En grandissant, il lui importe peu de briller et de faire partie du beau monde. La jeune femme tombe amoureuse du gardien de maison du grand-père de Laurie. Meg se résout à une vie tranquille, une vie qui lui ressemble, entourée de son mari et de ses enfants. Beth (Eliza Scanlen), la cadette, est quant à elle la douceur de ce quadruple, parfois même effacée par la force de Jo et l’incandescence d’Amy.

Des sœurs avec des chemins loin de se ressembler et de nombreux désaccords menant parfois à des rivalités entre Jo et Amy. Pourtant, Greta Gerwig sait mettre en lumière cet amour fusionnel, entre les filles et leur mère incarnée par Laura Dern. Le spectateur est épris d’une vague de tendresse liant chacune de ces figures féminines, tout en étant transporté par la musique d’Alexandre Desplat. Elles restent solidaires malgré ce manque d’argent, qu’elles comblent par l’amour et le soutien qu’elles s’apportent chaque jour.

Un tableau pictural 

À travers cette belle fresque du romantisme et du féminisme, le film en lui-même est une beauté visuelle. Notamment grâce aux scènes révélant l’élégance de l’époque, comme les séquences des grands bals parisiens. Greta Gerwig plonge le visionneur, dans une véritable œuvre picturale, traversant les quatre saisons. Des images aux vertus bucoliques, des scènes embellies par des couleurs pastel.

Un beau challenge pour la réalisatrice qui ne doit pas décevoir les fans de la version de 1994, avec Winona Ryder dans le rôle de Jo. Mais ici, tout y est : les jeux de théâtre, le repas de Noël, le patin à glace, l’accident du fer à cheveux, la maladie de Beth… On rit, on pleure et on admire ces femmes portant un œil nouveau sur la société d’autrefois : la « Lady » libre et autonome. 


« The King », une union parfaite entre histoire et fiction

2 Comments

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