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« Queer as folk », une prise de conscience humaine

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Diffusée en 1999 sur Showtime, « Queer as Folk » est l’une des premières séries ayant permis une véritable prise de conscience sur ce qu’est le milieu gay.

Longtemps, le milieu et la communauté gay ont été mis de côté dans les représentations audiovisuelles. Quand ces personnes ont commencé à être exposées sur le devant de la scène, c’était toujours très subtil. On ne les voyait pas s’embrasser, tout était dans les mots, les regards, les gestes.

Une présence devenue peu à peu plus explicite. Malheureusement, ils ont été dans un premier temps raillés et caricaturés comme dans la série de CBS « Dallas » en 1978. Il faut attendre la fin des années 90 pour enfin voir une série dite « gay », car communautaire, avec la série américaine « Queer As Folk ». Diffusée de 2000 à 2005 sur Showtime, elle a été adaptée à partir de la série britannique distribuée sur Channel  de 1999 à 2000. Une série qui révolutionne l’univers « sériephile », en étant la première à mettre en avant des personnages principaux exclusivement homosexuels ! 

Du sexe sans tabou ! 

« Queer as Folk » relate le vie de Michael Novotny (Hal Sparks), Bryan Kinney (Gale Harold), Ted Schmidt (Scott Lowell), Emmett Honeycutt (Peter Paige) et Justin Taylor (Randy Harrison). Tous les cinq amènent le téléspectateur dans le milieu gay, à ne pas confondre avec la communauté gay. 

« The thing you need to know is… it’s all about sex », les premières paroles de la série prononcées par Michael Novotny, le narrateur, donne le ton… Un milieu représenté dès le premier épisode. On plonge directement au cœur de Liberty Avenue, le vrai-faux quartier gay de Pittsburg, où se trouve le Babylon, la boîte de nuit , emblématique de la série. « Queer as folk », c’est aussi la drogue et beaucoup d’alcool. 

Le sexe est omniprésent, c’est même le sujet central. Nombreuses sont les conversations des garçons hantées par ce sujet. Lors des scènes érotiques, la caméra ne laisse rien échapper aux détails. Un regard qui peut au départ choquer le spectateur, mais qui s’avère finalement peut habitué à ce genre d’action, et c’est ce que l’on aime dans cette série. Représenter des personnes homosexuelles faisant l’amour sans aucun tabou ! 

Petit à petit, ces scènes paraissent belles ou sensuelles. Les corps sont sublimés, les lignes corporelles se dessinent face à une caméra qui devient témoin voire actrice de la scène. Le sexe à proprement parlé va au-delà, on y décrit l’amour entre les personnages quand il en est question, le désir ou la tentation d’un coup d’un soir. 

Le risque de cette présence accrue du sexe est de faire croire au spectateur que le milieu gay ne se résume qu’à ça ! Ou même de véhiculer l’un des plus grands clichés. La série contrebalance en introduisant une série populaire « Gays of Blaze ». L’histoire met en scène des homosexuels dont le vie est paisible avec un amour fidèle. Mais on se rend vite compte que cette image-là est seulement un moyen pour rassurer les hétérosexuels. Bien que ces derniers ne se privent pas de sexe ! Nombreux sont ceux qui aiment se rendre dans des soirées échangistes, des clubs libertins ou qui se laissent tenter par l’infidélité. Pourquoi serait-il donc plus choquant de montrer deux hommes ou deux femmes faisant l’amour qu’un homme et une femme ? « Queer as Folk » reste plus réaliste que le portrait de toutes ces séries faisant des personnes gays, des personnes dénuées de vie sexuelle. 

Un récit de vie

Les personnages y sont touchants par leurs caractéristiques. Mais surtout dans leur évolution. Michael, le narrateur de la série, est vu au départ comme le garçon qui rêve d’un amour impossible avec son meilleur ami Bryan. Ce dernier, le sex symbol de la série, est loin d’être romantique. Il se dit un homme libre, ne voulant rendre de comptes à personne. Tout bascule lorsqu’il rencontre le jeune Justin à qui il fait perdre sa virginité et de qui il tombe éperdument amoureux. Justin ne vit qu’à travers son grand amour, jusqu’à ce la passion le rattrape :  celle de la peinture. Michael, lui, se fait une raison, et tombe sous le charme de Ben (Robert Gant). Ensemble, ils adoptent un adolescent, James dit « Hunter » (Harris Allan). 

Dans les personnages, on compte également Emmett qui assume totalement son homosexualité et devient même une star du porno. Au fil des saisons, il va d’aventures en aventures et profite pleinement de chaque moment avec ses différents amants. Quant à Ted, c’est un homme mal dans sa peau, qui a peu confiance en lui. Le fait de rester célibataire le hante. Il plonge dans la drogue, dans la chirurgie esthétique… Nous pouvons aussi évoquer Melanie (Michelle Clunie) et Lindsay (Thea Gill). Un couple de lesbiennes dont la vie est stable avec deux enfants.

Des destins, des caractères différents, pourtant ils sont liés par leur amitié, leur amour et le même combat !

La terreur de l’homophobie et de la sérophobie 

« Queer as Folk » met en scène des moments forts, parfois même difficile. Elle souligne ce qu’est l’homophobie avec des scènes violentes et la non réactivité des forces de l’ordre ; une population homophobe ignorant les homosexuels et voulant même les évincer avec la proposition 14, une loi anti-gay. 

Vient ensuite un sujet très important, celui de la sérophobie à travers le personnage d’Hunter. Le jeune homme de 16 ans, autrefois prostitué, est infecté par le VIH. Quand son lycée apprend qu’il est porteur du virus, l’adolescent est mis de côté par ses camarades qui ont peur d’être infectés. Ce dernier se retrouve seul, face à la maladie. Heureusement, il peut compter sur ses pères adoptifs, qui le soutiennent et se battent pour lui ! Ensemble, ils essaient de faire comprendre que son VIH n’est pas détectable. Dans ce sens, il ne peut pas contaminer au simple touché ou même avec un rapport sexuel protégé ! Une bataille très longue pour faire ancrer cette vérité. 

2000-2020 : les mentalités stagnent !

Les cinq hommes ne reculent devant rien tout le long des cinq saisons pour faire entendre leurs voix et surtout faire entendre leurs droits ! 

Des sujets primordiaux pour faire comprendre aux gens ce qu’est d’être une personne homosexuelle. Si depuis la diffusion de la série, ils ont réussi à gagner quelques droits comme celui du mariage, la lutte contre l’homophobie est loin d’être terminée. Aujourd’hui encore, si on se réfère seulement aux pays où la politique s’oppose à l’évolution de leurs droits, ce sont des milliers de membres de la communauté LGBTQIA+ tabassés chaque jour et insultés ! D’autres pays, contre l’homosexualité, les enferment et les laissent croupir en prison, sans parler de ceux qui sont volontairement abattus. 

La série a certes des passages pénibles par la férocité des paroles et des images. Mais ce que l’on aime c’est l’humour des personnages avec des propos crus sur leur vie sexuelle. Ils se moquent parfois d’eux-mêmes en se qualifiant de « Pédale », de « Folle ». Des moments permettant aux téléspectateurs de souffler un peu et de sourire. « Queer as Folk » baigne dans cette culture du milieu gay, mais aussi dans la culture en elle-même avec de belles références cinématographiques comme cette scène où Bryan montre à son fils un film de James Dean, ou encore de nombreuses citations de Shakespeare. Michael, passionné de héros de bandes dessinées livre au téléspectateur l’importance de tous ces héros dont la plupart sont gays. 

On pourrait y voir une métaphore à cette adulation de cet univers des comics. Si Batman, Spiderman, Superman, n’étaient autre que Michael, Bryan, Justin, Ted, Emmett ?  Cinq super hommes qui se battent avec leur propre pouvoir, pour sauver leur milieu, les leurs, leur ville de la répression envers les gays. De véritables héros du quotidien pour les LGBTQIA+. 

Une série capitale dans les années 2000. « Queer as Folk » permet enfin aux personnes homosexuelles d’avoir une référence. Si la télévision n’est un pas un moyen de sociabilisation à proprement parler, « Queer As Folk » est perçu comme un collectif de reconnaissance. 

On n’y retrouve certes quelques clichés, comme le fait que c’est un milieu qui ne pense seulement qu’à faire l’amour, ou la présence de personnages assez caricaturaux. Mais ce sont tous ces stéréotypes mélangés et homogènes qui permettent aux téléspectateurs de s’approprier toutes ces caractéristiques culturelles, leur offrant une communauté. 

Aujourd’hui, cette série est encore essentielle. Car même si la représentation des personnages gays est plus courante dans les séries et les films, « Queer As Folk » reste un programme où les scènes sont montrées sans filtres et sans retenue.

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