Que se passe-t-il à Charlottesville ?

Depuis quatre jours, les rues de Charlottesville sont arpentées par des militants d’extrême droite et des manifestants anti-racistes, dont le mouvement Black Lives Matter. Dans l’après-midi de samedi, un homme de 20 ans a foncé en voiture sur la foule, causant un mort et 19 blessés. Les tensions ne se désemplissent pas alors que Donald Trump tarde à agir.

© 20 minutes

« Vous ne prendrez pas notre place », scandent les membres de la droite suprémaciste réunis à Charlottesville. Néonazis, fervents du Ku Kux Klan et de la droite alternative (Alt-right) brandissent des drapeaux confédérés, des croix gammées et des svastikas. « Un lâche cortège de haine, de racisme et d’intolérance », selon le maire juif de la ville, Mike Signer. Quelques heures plus tôt, la journée « Unite the Right » avait pourtant été interdite par la police locale. Le gouverneur de Virginie, Terry McAuliffe, avait même déclaré l’état d’urgence par peur de débordements. Ses inquiétudes étaient fondées.

Un jeune de 20 ans, James Fields, fonce sur un groupe de protestants contre le racisme. Il cause la mort de Heather Heyer, une femme de 32 ans, et les blessures de 19 autres personnes. Originaire de l’Ohio, il était fasciné par le nazisme et le discours d’Adolf Hitler, selon son ancien professeur d’histoire. Durant les manifestations de Charlottesville, il se tenait parmi les Vanguard America, un groupuscule d’extrême droite et l’un des organisateurs de l’événement. Aujourd’hui, James Fields est accusé de meurtre, blessures et délit de fuite.

Le ministre de la Justice, Jeff Sessions, qualifie l’attaque d’attentat terroriste. Il ne montre aucune indulgence envers l’inculpé : « vous pouvez être sûrs que l’enquête cherchera à établir les chefs d’inculpation les plus graves possibles, car c’est une attaque maléfique et inacceptable ». Trois autres personnes ont été arrêtées dans le cadre d’une enquête menée par le FBI.

Le gouvernement fait volte-face

Il a fallu trois jours à Donald Trump pour dénoncer les « violences racistes » dans le sud des États-Unis. Dimanche, il restait évasif et ne pointer pas l’extrême droite du doigt. Il rectifie alors le tir en disant « le racisme, c’est le mal ». « Ceux qui ont recours à la violence en son nom sont des criminels et des voyous, y compris le KKK, les néo-nazis et les suprémacistes blancs (…) qui sont à l’opposé de tout ce qui nous est cher en tant qu’Américains », déclare le président depuis la Maison blanche.

Mais, sa réaction tardive lui vaut la démission de trois PDG d’entreprises américaines : Kenneth Frazier, directeur des laboratoires Merk, Kevin Plank, à la tête de l’équipement sportif Under Armour, et Brian Krzanich, chef du spécialiste des ordinateurs Intel. Jusqu’à présent, ils siégeaient au « Manufacturing Council », en tant que conseillers économiques. Le départ de ces hommes d’affaires déplaît à Donald Trump, qui l’a fait comprendre sur Twitter.

Malgré le désistement de certains, il a reçu le soutien de sa fille, Ivanka Trump, et de son vice-président, Mike Pence. La première parle du besoin d’unité. Le second rejette entièrement les mouvements d’extrême droite. Mais, la crème ne prend pas. Un article sur le père du magnat de l’immobilier refait surface. Le papier du New York Times évoque l’arrestation de Fred Trump lors d’une manifestation du KKK en 1927 à New York.

Les réactions déferlent sur le web

Pour le moment, aucune solution n’a été adoptée. Les internautes prennent alors la situation en mains. Notamment grâce au compte Twitter @YesYoureRacist (oui tu es raciste) suivi par plus de 260 000 personnes. L’administrateur du compte publie des photos de la manifestation « Unite the Right » et les internautes dévoilent l’identité des participants jugés extrêmes. « Si vous reconnaissez un des nazis qui a défilé à Charlottesville, envoyez-moi leurs noms/profils et je les rendrai célèbres », écrit l’auteur de l’initiative sur sa plate-forme.

Du côté du monde universitaire, l’anthropologue Michael Oman-Reagan poste un extrait du court-métrage « Don’t be a sucker » sur Twitter. En 1943, le département américain de la Guerre présente l’impact du discours antinoirs et antisémite. Une vidéo qui affole la Toile, avec plus de 150 000 partages.

Tout le monde ne défend pas les droits des minorités. L’ancien leader du Kux Kux Klan, David Duke, opte pour un tweet plus agressif. Il y compare Charlottesville à Thermopyles, un massif montagneux en Grèce. Il fait référence à la bataille entre les Spartiates et les Perses, symbole des identitaires européens présents lors de la manifestation. Le groupe français, Génération identitaire, a été repéré par un photographe du New York Times, avec leur L inversé jaune ou lambda sur leurs boucliers.

© Edu Bayer New York Times

Même les célébrités s’en mêlent

Ce sont d’abord les présentateurs de talk-shows qui ont pris position. Que ce soit Seth Meyers ou John Oliver, le bilan reste le même : Donald Trump ne sait pas présider.

Les affrontements de Charlottesville se déroulent en même temps que l’édition 2017 du Teen Choice Awards. Sur le tapis rouge, les stars n’ont pas hésité à exprimer leur indignation et leur tristesse. Zendaya, l’interprète de Michelle dans « Spider-Man : Homecoming », a profité de ses quelques minutes sur scène pour ouvrir les yeux aux jeunes générations.

Instagram ou Twitter, tous les moyens sont bons pour faire passer le message :

En trois mois, trois rassemblements de ce type ont eu lieu à Charlottesville. Celui-ci commence avec le futur retrait de la statue du général Robert Lee, héros confédéré de la Guerre de Sécession. Une décision prise en 2015 après la fusillade d’une église de Charleston (Caroline du Sud), faisant neuf morts. Pour le spécialiste des États-Unis, Jean-Eric Branaa, le cas de Charlottesville n’est pas isolé : « on a l’impression que ce n’est que Charlottesville, mais c’est un incendie qui a pris partout (…) en Californie, les manifestations sont quotidiennes ». Depuis le 11 septembre 2011, l’extrême droite est responsable de trois quart des attaques terroristes, d’après une étude du gouvernement.

Marie Boetti

Source Photo : RTL.fr

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