Victim Blaming : quand la victime devient la méchante

L’affaire Alexia Daval réveille l’une des bêtes noires de la France : le victim blaming. Un phénomène qui ne laisse pas les femmes politiques indifférentes.

 

Au centre Jonathann Daval, le meurtrier d’Alexia Daval aujourd’hui considéré comme victime. Crédit photo – Ouest France

Victim blaming est évoqué pour la première fois par W. Ryan en 1971.  Un terme qui est dans toutes les bouches depuis quelques temps en référence à l’affaire Alexia Daval – cette joggeuse retrouvée morte étouffée en octobre dernier. Un mari en larmes pendant trois mois… Pourtant, aujourd’hui, il avoue. C’est bien lui le meurtrier.

Pourquoi parle-t-on de Victim Blaming dans cette affaire ? Alexia Daval, tuée par étranglement par Jonathann Daval, n’est plus considérée comme la victime, mais comme celle qui a poussé son mari à bout avant qu’il commette l’irréparable. Me Schwerdorffer, son avocat, dénonce le comportement de son épouse défunte, sous traitement pour la fertilité. Une jeune femme qui aurait des changements d’humeur et  provoquerait des disputes récurrentes au sein du couple. Une femme dominatrice.

«Alexia et Jonathann avaient une relation de couple avec de très fortes tensions. Elle avait une personnalité écrasante, il se sentait rabaissé, écrasé », explique l’avocat. Des mots qui justifieraient l’acte de ce « pauvre homme ».

Des mots qui résonnent mal

Mais ces mots ne passeront pas inaperçus. De nombreuses personnalités choquées s’expriment sur les réseaux sociaux ! Laurence Rossignol, sénatrice de l’Oise et ancienne ministre des Droits des femmes, s’indigne sur Twitter : « dans les affaires de violences faites aux femmes et de viols, il y a toujours un moment où la victime, dominatrice ou aguicheuse, devient la cause du crime qu’elle a subi ».

Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, appelle à ce que ce terme Victim blaming soit pour de bon banni ! Elle s’est exprimée au micro de RTL en dénonçant les propos de Me Scherdorffer de « scandaleux ». «  En disant ça, on légitime les féminicides, on légitime le fait que tous les trois jours, il y a une femme qui soit tuée sous les coups de son conjoint. Je trouve que c’est extrêmement dangereux de relayer cela ». La secrétaire d’État  a également réagi sur Twitter en partageant la prise de parole de Me Schwerdorffer : «pour tous ceux qui demandent un exemple de « victim-blaming » dans le récit, en voici ».

Victim blaming, la stratégie vicieuse

Ernestine Ronai, responsable de l’Observatoire départemental de Seine-Saint-Denis des violences envers les femmes, explique à notre confrère 20 minutes qu’une « inversion de culpabilité » existe et persiste en France depuis une vingtaine d’années. Une stratégie vicieuse de la part de l’accusé. « L’agresseur reconnaît avoir maltraité sa victime mais prend un prétexte de la vie quotidienne pour l’accabler, comme si un bifteck trop cuit pouvait constituer une infraction justifiant le fait de la brutaliser », explique la coprésidente de la commission « violences de genre » du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE).

Une stratégie qui n’est pas seulement appliquée par l’agresseur, mais aussi par ses amis qui tendent à le défendre. Des amis qui vont, eux aussi, faire passer la victime comme coupable des actes commis par l’agresseur, comme l’explique Marie Cervetti, directrice du centre d’hébergement et de réinsertion « Fit, une femme, un toit ».

« Ces alliés expliquent que dans la vie privée, c’est une personne tout à fait sympathique alors que la victime, elle, n’a jamais le bon profil et qu’elle l’a cherché avec sa tenue ou son attitude ».

Une inversion de culpabilité dangereuse qui fait qu’aujourd’hui de nombreuses femmes violées et frappées n’osent pas porter plainte parc qu’elles se sentent coupables …

Mathilde Dandeu

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