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« Cursed » : un conte moderne au service des minorités et des femmes

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Après la diffusion fin 2019 et le succès de « The Witcher », Netflix réitère l’expérience d’une série fantastique américaine avec « Cursed ». La plate-forme de streaming y revisite la légende du roi Arthur à travers les yeux d’une héroïne, Nimue, plus connue sous le nom de la « Dame du Lac ».

Netflix aurait-il trouvé le sortilège parfait pour captiver ses abonnés ? En début d’année, « The Witcher » obtient le titre de la série la plus demandée dans le monde, selon une étude américaine. Décorée d’un univers et de créatures magiques, « Cursed », disponible depuis la mi-juillet, trône en tête du classement français à  sa sortie. Miser sur le registre fantastique semble alors plutôt efficace. D’autant plus quand le nouveau programme propose une relecture inédite de la légende arthurienne.

Également inspirée d’une œuvre littéraire, « Cursed » imagine le parcours initiatique de Nimue (Katherine Langford), une jeune femme appartenant aux Faë, une minorité persécutée pour son lien à la nature et à la magie. Plus connue sous le nom de la « Dame du Lac », elle se voit charger d’une lourde tâche : amener une ancienne épée d’un grand pouvoir (en référence à Excalibur) jusqu’à Merlin (Gustaf Skarsgard). En chemin, elle rencontrera Arthur (Devon Terrell), un mercenaire à la recherche de son honneur.

Pas de quête du Graal ou de table ronde donc dans cette nouvelle version, mais un monde dans lequel l’Église tend à effacer toute trace du surnaturel. Les dernières terres où se réfugient les Faë, victimes d’un véritable génocide, sont réduites en cendres ou tachées de sang. Les soldats ecclésiastiques, appelés Paladins Rouges, anéantissent leurs villages sous les ordres du Père Carden (Peter Mullan) et sous la lame d’un personnage surnommé le « Weeping Monk » (Daniel Sharman) – « Moine Larmoyant » en français.

Une touche de modernité 

Rien n’est laissé au hasard. Le producteur Tom Wheeler (Empire) et l’auteur de BD Frank Miller (Sin City), à l’origine du livre illustré et de la série télévisée, s’emparent de la légende arthurienne et la modernise. Les femmes représentées dans « Cursed » arborent un courage sans faille. Connectée aux esprits de la nature, « The Hidden », la mère de Nimue sacrifie sa vie après avoir confié l’épée à sa fille. Celle-ci détient aussi cette connexion, mais de manière exacerbée. Des lianes transpercent ses détracteurs tandis que les flammes de ses ennemis se retournent contre eux.

De plus, la diversité des personnages permet de voir apparaître à l’écran une histoire d’amour LGBTQ+, entre la sœur d’Arthur, Morgane (Shalom Brune-Franklin), et l’une des religieuses de son couvent. Une relation évoquée le temps de quelques secondes quand Nimue les surprend ensemble : « Je ne le dirai à personne, pas parce que j’ai peur de toi, mais parce que tu n’as rien fait de mal. »

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La modernité de ce conte passe également par un esthétisme bien particulier, créé à partir des illustrations originales de Frank Miller. Ce dernier est l’un des créateurs de comics les plus récompensés. Dans « Cursed », il donne un aperçu de ses talents d’artiste à chaque transition entre les scènes. Une particularité graphique que le spectateur peut ressentir à travers les dix épisodes d’une cinquantaine de minutes.

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Une immersion fantastique

Les décors et les costumes viennent perfectionner cet univers sombre et intense. Ils permettent d’explorer les caractéristiques des peuples décrits dans la série : des vikings aux faunes, des guerriers royaux aux créatures ailées, sans oublier les seigneurs de l’ombre. Chaque lieu, des châteaux aux forêts, donne vie à ce bijou de fiction. Un résultat rendu possible grâce aux mille et une mains travaillant sur le projet.

Mais il ne serait pas aussi spectaculaire sans les plans immersifs et les scènes d’action réalistes. Pour accomplir ces dernières, au-delà des effets spéciaux, les membres du casting ont suivi un entraînement pendant trois semaines avant de plonger dans les dix mois de tournage. Katherine Langford a dû apprendre l’équitation, l’escrime et l’exécution de cascades pour incarner Nimue. « Il faut être crédible dans son rôle, se montrer à l’aise avec une épée à la main ou à cheval », explique Devon Terrell, dans le rôle d’Arthur.

L’harmonie entre ces différentes structures cinématographiques apporte de la crédibilité à l’histoire, même si celle-ci n’est pas fidèle aux anciens mythes. La légende arthurienne change à travers les époques. Mais d’après elle, Nimue, également prénommée Vivienne, délivre Excalibur à Arthur depuis l’eau. Elle vit dans un lac entourant l’île d’Avalon. Elle pratique la magie avec Merlin et le piège parfois dans un arbre ou sous une pierre, selon les versions.

Netflix n’a pas encore annoncé de suite. En cas de commande, il faudra attendre un deuxième livre sur lequel la série pourra se baser, car il n’existe qu’un tome paru fin 2019. Pour les plus impatients, il ne reste plus qu’à parcourir ces pages emplies d’aventures ou à revoir la série.

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