Portraits

Marilyne Canto : la vie à l’écran !

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Marilyne Canto est une comédienne poignante, par sa sincérité, mais aussi sa vision dans la construction du cinéma, de ses personnages. Pour elle, le 7e art doit se rapprocher de la réalité avec de véritables sentiments. Elle se confie pour PressEyes.

Une carrière de ballerine ? « Pourquoi pas », se dit Marilyne Canto. Passionnée par la danse classique, elle se pose la question d’en faire un véritable métier. Mais supportera-t-elle la douleur physique que cette discipline inflige ? Peut-être pas… Marilyne Canto se met par hasard avec une amie à passer des castings pour des films : « J’ai été prise sans même avoir pris des cours. » C’est à ce moment-là que les choses vont basculer et faire d’elle une comédienne. « Je me suis retrouvée sur un film. J’étais très jeune et je savais que j’avais envie de me libérer, que ce soit par la danse ou pas. Jouer, je ne savais pas trop, mais je savais que j’avais ce besoin de m’exprimer. »

Marilyne Canto ressent au fond d’elle un trop plein d’émotions, qu’elle doit véhiculer et mettre au service de personnages, d’un public. C’est plus fort qu’un besoin, c’est une nécessité de puiser tout ce qu’elle a en elle et en même temps un plaisir de trouver cette justesse du jeu et du message à faire passer.  

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À contre jour

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Très vite, Marilyne Canto se sent bien dans cet univers, elle enchaîne les projets avec notamment la série « Joëlle Mazart » diffusée sur TF1. Elle a envie d’aller plus loin en se dirigeant vers le théâtre. L’actrice passe des auditions et réussit à décrocher une place au TNS, le Théâtre National de Strasbourg. Par son expérience à la télévision, Marilyne Canto est à l’aise sur scène. Elle a déjà cette habitude de réagir vite, se concentrer, apprendre des textes, s’ancrer dans la peau d’une autre personne et faire ressortir les émotions. « Ce n’est pas la même ampleur, ce n’est pas pareil d’être sur scène ou au cinéma, mais dans tous les cas, il faut être présent, être vrai et donner. »

Silence ! Je souffre

Marilyne Canto n’est pas seulement comédienne, mais également scénariste et réalisatrice. Jouer pour transmettre ses différents états d’esprit n’était pas suffisant. L’artiste a cette envie d’y mettre des mots. « C’est venu en même temps que l’envie de devenir actrice. Je savais que j’aimais bien écrire. J’ai toujours écrit et je me suis dit qu’un jour il faudrait que je passe de l’autre côté et que j’écrive un scénario en entier pour y jouer dedans. »

Elle réalise un premier film, « Nouille », en noir et blanc qui relate l’histoire d’une famille italienne. Un court-métrage, « Fais de beaux rêves », et la suite en long-métrage, « Le sens de l’humour ». Un film qui m’a beaucoup touchée par l’histoire et la vision de la mort face à la vie ou de la vie face à la mort que transpose Marilyne Canto à travers la pellicule. « Le sens de l’humour », révèle un amour entremêlé au décès. Une idylle avec une femme, seule avec son petit garçon après la perte de son mari, mais elle décide de se battre et de vivre. « Elle est tombée et elle se relève. Et c’était ça le message : on peut tomber, mais on n’est pas KO et on doit avoir cette force de se relever. Choisir la vie, ce n’est pas toujours facile, mais c’est possible. C’est un choix, mais presque aussi une obligation (rire), on doit choisir la vie, mais ce n’est pas évident. »

La réalisatrice voulait montrer comment la mort peut nous dévaster, comment on a cette envie de vivre et en même temps cette difficulté à vouloir vivre. « C’était important, car je n’ai pas vu beaucoup de films qui abordaient ce sujet-là : comment une femme qui est en deuil avec un enfant se bat-elle pour retrouver la force ? Je trouvais que ce n’était pas vraiment traité et c’était un sujet romanesque. J’en avais besoin parce que je ne l’avais jamais vu ou lu, ni dans la littérature ou le cinéma. L’ayant vécu, j’en avais un sens précis et j’avais envie d’être précise sur ce mouvement, sur ce va-et-vient entre le oui et le non. Mais finalement c’est OUI. » 

L’importance d’une vérité bien réelle 

Ce film que l’on pourrait dire autobiographique permet de mieux comprendre cette sincérité dans les personnages. « Le sens de l’humour » s’apparente presque à un documentaire tant les sentiments et la complicité entre les personnages sont vrais. Pas de superflu, ils ne jouent pas, ils sont, ils incarnent. Pas de pleurs, pas de cris face à cette mort soudaine. Les personnages intériorisent cette colère dévastatrice. « Je pense que la vérité est qu’on est tellement en colère, on est tellement terrassé-es par ça, que l’on est au-delà des larmes. On a des larmes évidemment, mais ce n’est pas ce qui m’intéressait, car c’est beaucoup montré justement les larmes, les cimetières, les tombes… mais la vérité du deuil, c’est qu’il faut avancer, se lever le matin, aller travailler, faire les courses, faire comme si rien ne s’était passé alors que l’on est complètement ravagé-es. »

Une façon de retranscrire cette douleur beaucoup plus émouvante que de se retrouver face à une femme qui se laisse abattre par le chagrin. Plus attendrissante et plus authentique par rapport à la réalité de la vie.

Une authenticité qui s’explique également par le travail des acteurs. Samson Dajczman, qui interprète Léo, le fils d’Élise (Marilyne Canto), est repéré à la sortie de son école dans un processus dit « casting sauvage ». « C’est la jeune femme qui s’occupait des castings qui l’a repéré. Il a fait des essais vraiment étonnants, il n’avait jamais fait de cinéma. Ensuite, moi, j’ai fait une séance de travail avec lui où je lui ai dit que j’allais jouer sa mère et lui mon fils. Il était incroyable de simplicité, de vérité, extrêmement doué, c’était extraordinaire à voir et très vite je me suis dit que c’était lui. Il avait cette sensibilité, il ne faisait pas semblant, il ne faisait pas le petit garçon qui jouait. »

Le courant passe, l’actrice sait que ce sera lui et pas un autre petit garçon. Elle le guide et lui demande d’apprendre son texte par cœur pour qu’il puisse se débarrasser du texte, se sentir plus libre sans le souci des mots.

Marilyne Canto fait de nombreuses lectures avec Antoine Chappey qui y joue son nouveau compagnon après la mort de son époux. Immédiatement, le feeling se crée entre les comédiens. « C’était très important pour moi de montrer la complicité. Je trouve que c’est très cinématographique. J’éprouve une réjouissance quand il y a cette complicité d’acteurs au cinéma, quand elle est vraie. C’est comme un plaisir supplémentaire de voir cette complicité. Je trouve ça hyper touchant et drôle, car j’ai l’impression que l’on parle de la vie. Comme les fous rires qui sont filmés sur un plateau et qui sont gardés… c’est beau. »

La puissance féminine 

Une sincérité dans le jeu qu’elle met également en œuvre dans la série « Alex Hugo » dans laquelle elle interprète la commissaire Dorval.

« C’est une série qui a une identité particulière, assez forte, ça me plaisait d’y participer et de voir comment j’allais jouer dans ces conditions, car ce sont des conditions particulières. » Une série policière qui se déroule en haut des montagnes où l’on découvre des meurtres inquiétants. Pour se mettre dans la peau de Christine Dorval, la comédienne s’est rendue dans des commissariats pour s’imprégner de l’atmosphère et comprendre leur état d’esprit : « J’ai parlé à des policiers… et au fond, je me dis qu’il n’y a pas de policiers, policières ou commissaires type. Il y a nous. J’y ai mis de ma personnalité et cette femme était définie comme quelqu’un qui travaille énormément. » Une commissaire qui sait s’imposer et ne prend pas de gants pour dire les choses tout en étant cette figure maternelle que l’on écoute. 

Marilyne Canto aime la franchise de son personnage notamment dans l’épisode « Les racines du mal » où elle reconnaît ses fautes. « C’est assez beau ce que j’ai à faire, car elle fait des erreurs et elle le reconnaît et c’était assez beau de jouer un personnage qui dit :’je suis en train de me tromper’. Elle est authentique. »

À travers « Le sens de l’humour », « Alex Hugo » ou encore la mini-série dramatique « Fiertés » dans laquelle elle joue une proviseure, Marilyne Canto nous offre une belle image de la représentation de la femme. Une femme puissante qui s’impose et se bat ! « On a envie que les choses changent et plus on représentera dans le cinéma des personnages féminins, plus le regard des hommes et de la société évoluera. Dans l’art on pourra voir de plus en plus de personnages de femmes qui ne seront pas soumises ou aliénées, cela deviendra une normalité : une femme indépendante et capable de tout ». L’actrice a cette envie de continuer à mettre en lumière ces femmes qu’elle admire et qu’elle estime pour que la société puisse elle aussi faire bouger les choses avec une véritable égalité entre les sexes. « Plus la représentation changera, plus ce sera dans l’ordre des choses, dans nos esprits, dans la conception des genres. Il n’y aura plus le genre masculin et féminin, il y aura des hommes et des femmes qui sont aptes aux mêmes choses, des mêmes combats, des mêmes responsabilités et ça c’est important. »

Une discussion qui se termine peu à peu. Mais avant, l’actrice me fait part de son projet de pièce de théâtre « L’amour c’est simple ». « Évidemment, ce n’est pas simple, la pièce n’est pas simple ». Elle sera également à l’affiche du prochain film de Sylvie Testud. 

Je suis à la fois touchée et bouleversée par les mots de Marilyne Canto et sa vision du cinéma, du jeu. Malgré l’obstacle du téléphone, j’ai pu ressentir son sourire et cette passion dans la voix, dans la description de chacun de ses personnages. Je finirais par dire tout simplement : merci pour ce merveilleux moment.

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