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« Elite » ou l’adolescence meurtrière

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Diffusée sur Netflix depuis 2018, la série « Elite » plonge le spectateur dans les histoires lugubres d’un groupe d’adolescents, emplies de mensonges, de manipulations et d’enquêtes meurtrières .

Il y a d’un côté les boursiers : Samuel (Itzan Escamilla), Nadia (Mina El Hammani), Omar (Omar Ayuso), Rebeca (Claudia Salas), Cayetana (Georgina Amoros). Et de l’autre les  riches : Guzman (Miguel Bernardeau), Ander (Aron Piper), Carla (Ester Expósito), Lu (Danna Paola), Polo (Alvaro Rico), Valerio (Jorge Lopez Astorga) et Marina (Maria Pedraza). Deux conditions sociales différentes. Pourtant, ils possèdent tous  quatre points communs : ils sont beaux, obnubilés par le trophée à remporter, cachent de lourds secrets et font partie de Las Encinas, un prestigieux lycée huppé d’Espagne.

La série s’ouvre sur les lumières aveuglantes des gyrophares de voitures de police et du Samu. Au milieu, un adolescent, Samuel, perdu. L’un des agents essaie de lui parler, mais le jeune homme est en état de choc. Il baisse son regard vers ses mains en sang… Retour en arrière, quelques jours plus tôt,  nous voilà en plein cœur de Madrid, soleil tapant. Samuel se prépare pour son premier jour à Las Encinas. Le spectateur est d’ores et déjà averti : la série est composée d’allers et retours entre le présent et le passé pour comprendre le dénouement. 

Dans « Elite », la question n’est pas de savoir qui est mort. La réponse est donnée dès le premier épisode, dans lequel on aperçoit le corps de Marina allongée au sol. Les trois saisons nous mènent à une course-poursuite pour élucider qui l’a tuée et pourquoi. Si la police mène l’enquête en questionnant chacun des adolescents, ce sont ces jeunes adultes qui vont suivre leurs propres pistes. Rien ne leur échappe pour connaître celui ou celle qui a mit fin aux jours de leur camarade à l’aide du trophée du lycée.

Le règne de la différence 

De nombreux sujets importants découlent de ce meurtre, avec notamment la distinction sociale. Les riches accusent les boursiers. Ces derniers sont aussi les premiers à être pointés du doigt par la police. Une injustice se crée. Guzman, Ander, Carla, Lu et Polo prennent le pouvoir par leur condition sociale. Leurs parents peuvent payer des avocats hors de prix pour les défendre. Les regards se tournent vers Samuel, dont le frère est soupçonné de l’assassinant de Marina. Pas de faveurs pour ces personnes considérées comme des « petits gens ». Samuel ne baisse pas les bras, la vérité tombera tôt ou tard. 

À cette différence sociale, s’ajoute une différence culturelle représentée par Nadia et son frère Omar. Les deux adolescents ont la chance de recevoir une bourse pour faire partie de l’elite, mais ils restent les enfants de simples épiciers aux yeux de leurs richissimes « ami(e)s ». Une famille musulmane très croyante. Nadia et Omar ont peu de libertés face à un père très autoritaire, qui ne vit que par la religion. Voilée, la jeune fille se voit l’interdiction de porter le hijab au sein de l’établissement. Face à l’incompréhension de cette proscription, elle insiste sur le fait que son voile est un acte religieux. Pour la jeune fille il est injuste que les autres élèves puissent porter des « montres en or » signifiant leurs richesses. 

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Sous la pression d’une expulsion, Nadia se plie aux exigences déloyales de la directrice. La jeune adolescente se prive d’aimer Guzman. Il est pour elle impossible de voir un avenir avec lui car il n’est pas musulman. Son frère Omar est quant à lui chassé de la maison en raison de son homosexualité. Il refuse de ne pas assumer qui il est, même si pour cela il doit renoncer à sa famille, plus particulièrement à son père. 

Amour, sexe et inceste 

« Elite » évoque la séropositivité. Contrairement à ce que beaucoup de personnes peuvent croire, les victimes ne sont ni Omar, ni son compagnon Ander, mais Marina. Le VIH ne fait pas de différence sociale, ni sexuelle. Que l’on soit riche, pauvre, gay ou hétérosexuel, le virus touche tout le monde, à tous les âges. La preuve avec Marina. Adoptée par l’une des familles les plus huppées d’Espagne à seulement 16 ans, la jeune femme est infectée par son ex-petit ami. La séropositivité effraie  certaines personnes. Elles s’éloignent des porteurs par peur d’être contaminées et de mourir. Il faut savoir que les personnes séropositives ne sont pas contagieuses si on se protège. De plus, on ne meurt pas de la séropositivité, grâce aux traitements élaborés aujourd’hui. Marina ne succombe pas au VIH, mais par un coup porté à sa tête avec le Trophée de l’école.

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La série donne plusieurs ouvertures à l’amour et à la sexualité. Il y a le couple de Omar et Ander. Leur histoire est paisible, bâtie sur une connexion forte et sincère. Il y a aussi Polo, qui découvre sa bisexualité. Tout au long des trois saisons, le jeune homme a ce besoin d’être dans un triangle amoureux pour donner plus de piment à son couple et continuer son histoire avec sa partenaire.

« Elite » pousse jusqu’à l’inceste, entre Lu et son demi-frère Valerio. Lu, la petite fille parfaite que son père admire, révèle que la perfection n’existe pas. Valerio est la « honte » de la famille. Le jeune homme aime la fête, les drogues, les filles et sa sœur. Lu et Valerio se cherchent, se repoussent, succombent… Mais la partie sera d’une courte durée. S’il est amoureux de Lu, le jeune homme est fatigué de son comportement prétentieux et piège sa sœur dévoilant à ses parents qui elle est vraiment.

Des personnages qui « survivent » comme ils peuvent face à leurs liaisons. Des relations loin d’être commodes, mais qui témoignent des particularités de chacun face à l’amour ou de ce qu’ils conçoivent comme un comportement amoureux. 

Le spectateur, témoin n°1 des scènes 

Les huit épisodes de 45 minutes s’enchaînent à un rythme effréné, mené par les mensonges, les manipulations,  les secrets et les ébats amoureux. Les personnages plongent peu à peu et se retrouvent piégés par leurs propres simulacres. Le spectateur n’est pas seulement passif… Il cherche lui aussi à découvrir la vérité.Les adolescents sont tour à tour interrogés, seuls face à l’officier de police. Le visionneur est en haleine, regroupant ses propres informations. Il devient le témoin de chaque scène, jusqu’à devenir impuissant. La tension monte au fil des actes. Les vérités se dénouent pour laisser place aux véritables visages. 

« Elite » donne une grande importance au trophée du lycée. Il est mentionné dès les premières minutes du premier épisode. La caméra s’amuse en jouant. Elle lui donne autant d’importance que les protagonistes. Elle le mystifie, le rend suspect et sombre. Le trophée,  que tous les élèves rêvent de recevoir, pour récompenser leur travail acharné, devient ici l’objet de mort. Les lycéens n’espèrent plus l’obtenir pour être honorés, mais pour dénoncer l’assassin. Mentionné à chaque saison, il correspond à l’arme tuant Marina, ainsi que celle servant d’alibi pour faire croire au suicide du criminel.

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