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« Skam France » saison 6 : l’addiction d’un mal-être

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La saison 6 de « Skam France » s’est achevée. Dédiée à la sœur de Daphné, ce chapitreentremêle noirceur, espoir et amour. 

Au fil des saisons, « Skam France » nous a transportés au cœur d’un problème nous rapprochant de chacun des personnages : la place en tant que jeune femme, la confiance en l’autre, l’homosexualité, la bipolarité, la surdité, le racisme. La saison 6 nous ouvre les portes sur Daphné (Lula Cotton Frapier) et Lola, sa petite sœur (Flavie Delangle). Dès le début, la couleur est annoncée, ce sera noir… Les jeunes femmes viennent de perdre leur maman. Une perte qui va permettre aux téléspectateurs de connaître la véritable identité de Daphné, les secrets qu’elle cachait tout au long de ces six saisons. L’une des plus grandes surprises sera d’apprendre que la jeune femme a une sœur de deux ans de moins qu’elle. Toutes les deux ne s’entendent pas, mais vont devoir apprendre à se faire confiance, et à se dévoiler. Un sixième volet soulignant les dangers de l’addiction, que ce soit celle à la drogue et l’alcool pour Lola ou à la nourriture pour Daphné. 

Solitaire  

L’adolescence représente l’arrivée au lycée, les années de découvertes, de nouvelles expérimentations. On commence à faire des fêtes chez les uns, chez les autres, on goûte aux joies de l’alcool. Certains n’iront pas plus loin, d’autres voudront également goûter aux drogues. Mais nous ne sommes pas tous égaux face à l’accoutumance. Il y a ces adolescents qui pourront facilement s’en passer, par le fait qu’ils sont bien dans leur corps, dans leur tête et qu’ils ont une vie stable. D’autres plongeront dans cet enfer de l’addiction, comme Lola.

Elle commence par se scarifier et peu à peu tombe dans la dépendance de substances psychoactives. Elle n’a que 16 ans, on peut penser que c’est trop tôt… et pourtant ce sont les plus touchés. D’après une enquête réalisée en 2018 par la Fondation Gabriel Péri, 15% des jeunes de 14 à 24 ans ont admis avoir déjà consommé du cannabis et 4% auraient consommé de la cocaïne, de l’ecstasy, de la MDA ou du GHB. L’étude révèle également que 3% des 18-24 ans en consommeraient au moins une fois par semaine !

Dès le premier épisode, on comprend que Lola est solitaire, se sent abandonnée par sa famille, sa mère et sa sœur. On apprend que son père, Thierry (Régis Romele) n’est pas le sien, sa mère l’ayant trompé. La jeune fille a l’impression d’être une pièce de puzzle qui n’a jamais su trouver son emplacement. L’adolescente se rend tout de même chez son psy pour avancer et aller mieux. Elle essaie de lutter contre ses vieux démons. Ses résultats sont négatifs à l’alcool, aux drogues… Mais tout au long de ses dix épisodes, Lola fera un pas en avant et dix en arrière. Face à une faille (c’est-à-dire?), l’adolescente ira se consoler en boîte de nuit, accompagnée d’un inconnu avec qui elle partage quelques verres et quelques traces. Une attitude laissant le spectateur impuissant à la vue de ses nombreuses rechutes. Il prend conscience de sa difficulté à sortir de l’enfer de ces accoutumances.

L’adolescente s’enferme dans cette solitude. Elle a du mal à s’ouvrir aux autres et à accepter le fait que l’on puisse devenir son ami ou simplement l’aider… tout comme sa sœur Daphné. 

Qui es-tu Daphné ? 

Daphné nous a habitués à sa joie de vivre dans les saisons précédentes. Ici, elle est emplie de noirceur, de par ses vêtements notamment. Les couleurs flashy s’envolent pour laisser place à des couleurs sombres… Daphné reste dans le silence. Elle ne révèle rien à ses ami(e)s ou son petit ami de son mal-être et de ce qu’il se passe chez elle. Une vie secrète que l’on peut tout de même comprendre lors de son anniversaire dans la saison 4, qui se termine sur le visage de Daphné silencieuse, avec un regard qui divague. Dans la saison 5, Daphné change radicalement de comportement, elle est là sans être là. Elle nous intrigue : que se passe-t-il ? Qui est-elle vraiment ?

Ce voletdévoilera aux spectateurs tout ce qu’elle a caché… notamment sa sœur Lola, avec qui elle est en conflit permanent. Si elle essaie de comprendre sa cadette, Lola refuse d’avoir une grande sœur protectrice, celle qu’elle considère comme une étrangère. Une situation que l’aînée a du mal à gérer. 

À travers le personnage de Daphné, on comprend également les souffrances provoquées par les troubles alimentaires. Un trouble qui la suit depuis la saison 3, mais qui finalement ne la quitte pas, révélant qu’il est difficile de s’en sortir seule, sans en parler. On arrive mieux à traduire ses nouvelles obsessions dans chacune des saisons, comme organiser une fête ou rénover le foyer. Daphné ne lâche jamais l’affaire, tout comme elle ne lâche pas l’affaire tant qu’elle n’a pas rempli son estomac avant d’aller se faire vomir.

Un trouble alimentaire qu’elle cache… à cause de la honte. Lorsque Basile s’en aperçoit, on ne reconnaît plus Daphné qui est hors d’elle. Une fureur qu’elle déverse sur son petit ami, qui ne sait plus comment tendre la main à celle qu’il aime. Une fiction qui représente la réalité. Une personne atteinte de TCA se cache, ne veut pas en parler, ne veut pas écouter et ne veut pas admettre qu’elle est malade. Souvent, pour une personne mal dans sa peau, seule l’action sur la nourriture apaise. 

Eliott ou la conscience

Une sixième saison compliquée, parfois difficile à regarder… Heureusement, quelques passages permettent de souffler un peu, notamment avec Eliott (Maxence Danet-Fauvel). Lola se lie d’amitié avec le jeune homme, elle a confiance en lui. Bipolaire, il va l’aider la jeune femme à lutter contre la drogue et l’alcool. Il la prend sous son aile, fera tout pour la bousculer en douceur et lui faire prendre conscience que ce n’est pas en rechutant qu’elle ira mieux, que ce n’est pas en repoussant les autres qu’elle se fera une place dans la société, que ce n’est pas en refusant d’aimer ou d’être aimée qu’elle guérira. Une philosophie que ce personnage apporte avec sourire et bienveillance.

Une saison obscure, de par les thèmes abordés, mais aussi par les couleurs qui entourent les acteurs et actrices. Les images sont sombres et laissent peu de place à la joie. Le spectateur est réellement plongé dans cette tristesse qui entoure la famille Lecomte. Le père de Daphné et Lola est sans armes et ne sait plus comment bien faire pour aider ses filles qui lui échappent.

Les boîtes de nuit deviennent des lieux de destruction pour Lola, les fêtes des supplices pour Daphné. Une caméra centrée sur les personnages ramenant le spectateur au plus proche de cette souffrance, de ces larmes qui coulent, de ces angoisses envahissantes. 

Lueur d’espoir

Lula Cotton Frapier et Flavie Delangle ne sont pas là pour briller… Non, les actrices nous embarquent dans la dure réalité des choses : celle de perdre une mère, celle des conséquences du silence, de la drogue, de l’alcool ou encore des troubles alimentaires. On voit Daphné les yeux larmoyants après s’être fait vomir, allongée après un malaise avec un visage pâle reflétant la faiblesse d’un corps épuisé. On voit Lola marquée de cernes à cause de la fatigue.

Des rôles qui ne sont pas faciles et pourtant les jeunes comédiennes l’endossent avec justesse. Le spectateur voit deux jeunes femmes démunies face à leurs addictions.

Une fin où tous les jeunes adultes que nous avons suivis depuis la saison 1 sont réunis autour du court-métrage réalisé par Eliott. Plongés dans le noir, ils sont mis en lumière par une lueur dorée. Une lueur qui fait écho à l’espoir que nous pouvons nous en sortir grâce à l’amour.

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