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« La Servante écarlate » : l’enfer d’une société misogyne

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Diffusée sur OCS, la série« La Servante écarlate » relate l’histoire de June, soumise aux lois barbares de la secte Gilead.

Imaginez-vous dans un monde dans lequel le gouvernement serait détruit, les hommes politiques pendus, pour laisser place au pouvoir d’un nouveau peuple, d’une secte propageant la terreur. On y serait interdit de porter les vêtements de notre choix afin de ressembler à une époque du XVIIe siècle. Un monde décrit dans la série « La Servante écarlate »(« The Handmaid’s Tale » en anglais).

Tirée des romans de Margaret Atwood, cette histoire suit les pas de June Osborne, incarnée par Elisabeth Moss (Mad Men, Invisible Man). Elle s’ouvre sur la jeune femme essayant de s’échapper des mains de Gilead. Trop nombreux, les membres de la secte réussissent à la rattraper.

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Sa fille Anna, âgée de 5 ans, lui est arrachée pour être attribuée à une nouvelle famille… June sera condamnée à être servante sous le nom de Defred car au service du commandant de Fred Waterford, l’initiateur de cette nouvelle société, puis de Dejoseph. 

Un peuple soumis aux exigences de Dieu

Gilead est la nouvelle république créée par les « Fils de Jacob », une secte politico-religieuse protestante et fondamentaliste. Après avoir détruit la Maison-Blanche, la Cour suprême et le Congrès lors d’un coup d’État, ils prennent le pouvoir sur les États-Unis. Gilead constate une situation alarmante : la baisse dramatique de la fécondité ayant pour répercussion un taux de natalité extrêmement bas. Un phénomène selon eux lié à une pollution accrue et à des maladies sexuellement transmissibles, à des hommes qui s’emparent du pouvoir pour imposer leurs lois…  

Le monde du travail n’existe plus. Les hommes et les femmes du corps médical sont pendus, ainsi que les prêtres et les homosexuels, ces derniers, considérés comme inutiles puisque ne pouvant pas donner la vie. Les femmes sont réduites à des catégories portant des couleurs pour être différenciées. Les épouses des commandants sont habillées en vert. Elles ne travaillent pas et dirigent la maison. Certaines, cruelles, se complaisent dans ce monde, d’autres « subissent » comme les autres. Les tantes, en marron, ont pour rôle d’éduquer les servantes. Elles leur apprennent leur mission avec des règles strictes, sous les coups. Les Marthas, en gris, s’occupent de la maison des commandants et  également des servantes. Ces dernières, vêtues de rouge, représentent de simples ventres. Elles ne sont là que pour procréer et offrir un enfant à la famille dans laquelle elles sont affectées. 

L’horreur sans fin 

Le spectateur découvre à chaque fois une nouvelle loi prônant l’horreur. On comprend peu à peu que les servantes se font violer tous les mois, lors d’une cérémonie. Un rituel mis en place lorsqu’elles sont en pleine ovulation. Le commandant lit un passage de la « bible », avant de se rendre dans la chambre. La servante s’installe sur le bord du lit. La femme du commandant se place derrière elle, lui tenant les mains, pendant que son mari debout la pénètre avec violence.

À chaque rituel, June Osborne fait parvenir ses pensées aux spectateurs. Des pensées révélant l’atrocité de cet acte. La servante se répète à chaque fois que c’est un travail, qu’elle n’est pas là, que son corps est détaché d’elle. Les servantes sont réduites à des machines à procréer, que l’on viole tous les mois. Lorsque l’enfant vient au monde, elles sont transférées dans une autre famille pour subir le même sort. Leur seul répit est pendant la grossesse. Tout le monde est à leur petit soin. Malheureusement, ces efforts de gentillesse ne sont pas pour elles, mais pour ne pas contrarier le bébé et qu’elles finissent leur terme.

Ces hommes et ces femmes vivent sous l’emprise d’un système hors normes. Une dictature influencée par la voix de Dieu à commettre les crimes les plus graves. Si les plus hauts placés ont une vie bien plus « confortable » que ceux sans aucun pouvoir, tous subissent les mêmes sorts. Leurs moindres gestes, paroles, faux pas sont contrôlés par ceux nommés : un œil. Si l’un des habitants déjoue une règle, le sort s’acharne sur lui. Les épisodes s’enchaînent, tous plus sombres et difficiles les uns que les autres : amputation, pendaison,  passage à tabac jusqu’au sang, bouche cousue par des anneaux ou encore lapidation. Des sorts d’autant plus compliqués à supporter à cause des nombreux flashbacks de certains personnages, dont Serena, Emilie et June. On voit les jeunes femmes avant le changement de cette société dystopique. Elles sont en jeans, avec des téléphones portables, les cheveux détachés… Des éléments qui permettent au spectateur de s’identifier et de rendre leur nouvelle condition parfois insupportable à regarder. 

June, l’héroïne miraculeuse

June Osborne se bat chaque jour pour survivre à cet enfer, séparée de sa fille qui  lui donne le courage de vivre. La servante n’a pas peur de mettre sa vie en péril pour faire tomber cette secte et devenir libre. Libre de serrer Anna dans ses bras, libre d’aimer qui elle veut,  libre de vivre sans peur tout simplement.

June déroge à toutes les règles : elle séduit son commandant, vit une relation passionnelle avec son chauffeur dont elle tombe enceinte, s’enfuit, se perd dans sa folie… À chaque règle entravée, le suspense est à son comble : va-t-elle réussir ? 

Ce qui nous échappe un peu, c’est qu’elle est la seule à ne pas subir les conséquences de ses actes. Elle n’est plus seulement la narratrice de l’histoire, mais l’héroïne. Celle que toutes les servantes admirent pour son courage et sa force. June Osborne est illustrée dans des scènes fortes, comme celle à la fin de la saison 1. Alors que les servantes ont refusé de lapider Jeanine, l’une des leurs, elles se regroupent pour marcher dans la rue au son de « Feeling Good ». Un passage visuellement très beau, mais dénué de sens… Où sont passés les gardiens qui grouillent dans les rues pour arrêter ceux qui vont à l’encontre de Gilead ? Cette dernière scène est-elle le message de révolte de ces femmes pour les prochaines saisons ? 

Malheureusement il n’en est rien. Les saisons 2 et 3 se ressemblent et restent figées dans un tourbillon de violences, de trahisons et de mensonges.

Les Américaines dans les rues

La vue de ces femmes soumises, battues et tuées est de plus en plus gênante. Des sorts, qui deviennent presque des plaisirs pour certains des personnages, humiliant l’image de la femme voire même la femme elle-même. Si dans la saison 1 « La Servante écarlate » dénonçait l’horreur féministe, elle devient peu à peu une série misogyne.

Elle n’est pas restée sans conséquences dans la société américaine. Diffusée en avril 2017, elle reflète l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche. Le lendemain de son investiture, des milliers d’Américaines ont élevé la voix, aux signes de « La Servante écarlate », notamment avec des pancartes sur lesquelles était inscrit « Non à la République de Gilead ! ».

La série choque, parfois privée de sens. Mais elle fait pourtant écho aux enjeux actuels des États-Unis, un pays en proie au sexisme et aux interdictions de l’avortement.

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