Portraits

Marc Ruchmann : le beat box hors du temps

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Marc Ruchmann, l’acteur de toutes les générations. Si certains le connaissent depuis ses débuts dans les années 2000, d’autres l’ont découvert dans la peau de Jules dans « Plan Cœur ». Aujourd’hui, c’est en tant que musicien que Marc Ruchmann alias Markus nous transporte dans un long voyage poétique. 

Il est midi lorsque je compose le numéro de téléphone du comédien Marc Ruchmann. Oui je sais, je vais faire des jalouses ! Ce qui m’importe, c’est d’en connaître un peu plus sur son univers musical avec la sortie de son premier album « Réminiscences ». Le comédien à la voix suave se trouve dans un café. Par politesse, il s’excuse du bruit qu’il y a autour : « Ça ne vous dérange pas ? ». Non, le chahut ne me gêne pas. Je suis surtout impatiente qu’il me livre son histoire en tant qu’acteur et cette passion pour le beat box.

Des vocations qui se sont installées au fil de sa vie. Marc Ruchmann ne s’est jamais vraiment posé la question, à savoir s’il voulait être musicien ou acteur. Deux arts qu’il n’a pas décidé. « Je pense que j’avais une sensibilité que mes parents ont pu voir. Ils m’ont un petit peu encouragé là-dedans, plus dans le théâtre que dans la musique. » Ils considèrent la musique comme un loisir jusqu’au jour où ils prennent conscience que c’est bien plus que ça pour leur fils, qui compose ses propres morceaux. « Ils ont pris ça au sérieux par la suite. Mais ils m’ont plus poussé vers le théâtre en se disant que je serais amené à lire, à voir des spectacles, à être dans un univers littéraire et ils ont très bien fait ! »

Aujourd’hui, Marc Ruchmann fait partie de ces comédiens que l’on aime voir jouer à travers un écran de cinéma ou de télévision. Depuis quelques semaines, on se plaît également à l’écouter. 

Entre partage et moment personnel 

L’acteur se lance dans la musique à l’adolescence. Avec des amis, ils créent un groupe de rap, rédigent des textes, composent avec des instruments à sample. « Très vite, j’ai appris le beat box dans une pièce de théâtre. La rencontre avec un musicien m’a permis de le travailler comme un instrument et de me permettre de jouer avec de grands musiciens sans avoir fait un conservatoire de musique. Après j’ai bifurqué sur le beat box plutôt que dans le rap. »

Entre le théâtre, le cinéma et la musique, impossible pour lui de choisir. Des interprétations totalement différentes mais qui le portent chacune à leur manière. « Quand on apprend par le biais du théâtre, on apprend aussi à aimer des grands textes à les défendre. On défend des personnages très biens écrits, à travers des pièces classiques ou contemporaines et on se met à aimer représenter ces sujets qui sont mis en avant dans le théâtre. En ce qui concerne la musique, c’est plus quelque chose qui vient de soi, un partage qui vient de soi. C’est personnel, ça fait appel à de l’instinct, à du plaisir. Je viens de la musique improvisée, on la sacralise beaucoup. C’est un véritable échange avec les musiciens. »

Un aspect qu’il découvre aussi dans le théâtre, dans lequel il y a une certaine sacralisation de l’espace de la scène avec un partage avec les acteurs. « Ce sont des moments hors du temps, hors du quotidien, hors du tout. On est concentré sur le moment que l’on est en train de faire. On joue vraiment avec la personne avec qui on fait la scène, comme on joue avec les musiciens avec qui on est en train de faire de la musique. » Une musique studieuse, personnelle, qui devient peu à peu un partage avec le public. Tout comme une pièce, un film aux répétitions appliquées, qui se mutualisent dans le temps avec les spectateurs. « Ce sont des choses qui se rejoignent et en même temps qui se complémentent. En tant qu’acteur, on est au service d’un texte, d’une mise en scène. Dans la musique, c’est plus personnel, c’est de l’artisanat, on crée quelque chose qui vient de nous. C’est très différent et en même temps ça se rejoint. » Deux univers qui le nourrissent dans son quotidien, sa créativité. 

La poésie du rap 

Récemment, on a pu se laisser bercer par « Future Memories », le premier single disponible de son album « Réminiscences » qui sortira prochainement. Un album dans lequel on ne l’entendra pas rapper, mais beatboxer. Marc Ruchmann n’écrit plus. Il consacre son art à la composition musicale. Des accords voyageurs, aux sonorités qui nous transportent dans l’air urbain. Une excursion qui traverse le temps.

« Future Memories » fait partie de ce temps qui passe, avec un regard sur l’avenir. « C’est le plus représentatif du concept de l’album : certains souvenirs, le moment présent. Il  y a un rapport entre le passé et le futur, une temporalité dans le sujet de l’album. On y retrouvera du piano, du violoncelle, du beat box et de la basse. Il y aura toujours ces ingrédients, j’ai voulu garder une unité musicale. Après dans les univers des morceaux, il y a des choses assez différentes. »

« Future Memories » est un morceau dans lequel Marc Ruchmann est aux côtés du rappeur Nya. Un rap poétique, sans agressivité et vulgarité. Un rap nous donnant cette sensation du temps suspendu et nous apaisant. « Je viens du hip hop des années 90 et à l’époque on prenait vraiment l’entièreté du mouvement qui était pour moi extrêmement positif. Il était certes revendicateur, mais hyper positif. Il englobait énormément d’univers musicaux que ce soit du jazz, de la funk. On piquait dans plein de styles différents pour ré-inventer le rap. » 

L’artiste considère le rap des nouvelles générations comme renfermé dans un « game », un ego-trip de celui qui sera le plus violent, le meilleur… Un rap à l’image de cette nouvelle société à l’ère des réseaux sociaux qui nous poussent dans cette image égocentrique où le « MOI » et le « JE » règnent. « Ce n’est pas que ça le hip hop. Pour moi et pour les gens de ma génération, ce sont aussi des morceaux comme avec Nya, qui a un univers dont je suis proche. Bien plus que celui de Nekfeu, Damso… ce n’est pas une critique envers eux, c’est juste par rapport à mes inspirations et mes sensibilités. »

Une virée hétéroclite 

Un album réalisé en deux parties : une première très chantée avec des chanteurs et des chanteuses collaborant avec l’artiste. Une deuxième plus musicale et personnelle… « Le thème de réminiscence est venu assez facilement. J’aime bien créer mes morceaux de façon un peu hybride, je n’aime pas faire qu’un style de musique. J’essaie de teinter mes morceaux de différents folklores musicaux que j’ai pu découvrir dans mon parcours et j’y injecte des petites choses comme ça à droite et à gauche. Ça donne quelque chose d’unique dans le format ou dans le style de morceaux. »  Cette balade est aussi connotée par différentes langues : l’Anglais, le Portugais, l’Espagnol ou encore le Romain. Elle nous ancre dans une véritable expédition du monde, à travers de multiples cultures.

Marc Ruchmann mettra en lumière son album sur scène, avec son public et des invités d’exception. Pour le moment, il ne sait pas vraiment quelles seront les détails de sa création en live. « Ce qui est sûre, c’est que moi je n’aime pas trop reproduire les morceaux, j’aime bien les réinventer. J’aime bien que la musique reste mobile et vivante. Il y a des morceaux que je vais jouer exactement pareil, puis d’autres que je vais complètement recréer sur le moment pour garder une certaine tension, une certaine liberté aussi dans l’interprétation. » Le musicien se laissera porter par quelques improvisations à l’image de salle et de l’humeur de son public afin de laisser son imagination et sa création prendre place. « Je préfère être sur le fil et non quelque chose de très carré que l’on retrouvera sur le CD ou sur le vinyle. Pour moi, le spectacle, c’est l’occasion de découvrir quelque chose d’inédit. Mon idée est de pousser le show pour qu’il soit inédit à chaque fois. »

Rencontre intergénérationnelle 

Un spectacle au public intergénérationnel, avec celles et ceux qui le suivent depuis ses débuts et de la génération « Plan Cœur ». Mais ensemble, ils verront se dévoiler Marc Ruchmann le musicien. « J’ai hâte de voir un peu qui est touché et curieux de voir ce que je fais en musique. Je trouve ça plutôt chouette de pouvoir réunir plusieurs générations et de voir comment ça marche dans le public et comment ils vont eux se rencontrer ».

Avant de raccrocher, le comédien me fait part de ses futurs projets avec un téléfilm d’Anne Depétrini qu’il vient de terminer : « Il s’est très bien passé, il est très rigolo ». Pour celles et ceux qui espéraient retrouver Jules dans la saison 3 de « Plan Cœur », Marc Ruchmann m’a confirmé sa présence ! Oui, crie de joie oblige. Côté musique, il porte sous son aile une artiste, qui sortira prochainement son EP. 

Il est temps de se dire au revoir et mettre fin à cette ballade lyrique. 

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