William Nadylam : la douceur d’un acteur qui apaise les âmes

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Crédit photo Beowulf Sheehan

De Montpellier à Paris, de Londres à New-York, William Nadylam n’a pas peur de faire le tour du monde pour décrocher un rôle. Du théâtre à la télévision, en passant par le 7e art, le comédien n’est pas effrayé d’affronter son public sur les planches comme à travers un écran. Jouer le passionne, autant qu’il aime partager son plaisir et l’offrir. Pour PressEyes, il se livre à cœur ouvert et laisse une trace indélébile d’un homme aussi riche humainement qu’artistiquement.

Quand deux sudistes se rencontrent, originaires de régions proches, il est presque indispensable d’évoquer le soleil, les plages, l’accent et les cigales. Né à Montpellier, William Nadylam considère cette ville comme l’une des plus belles et “des plus joyeuses“. Comment ne pas être d’accord ? Montpellier offre une vie paisible au bord de l’eau, tout en étant festive. Une région qu’il quittera dans un premier temps pour Toulouse, avant de venir s’installer à Paris et de faire son tour du monde jusqu’à New-York. Une vie qu’il était loin d’imaginer lorsqu’il était enfant, forgé à penser que la vie d’artiste ne pouvait être qu’un rêve.

Comment leur dire ?

Je me suis autorisé à devenir comédien assez tard… dans ma famille c’était interdit“, me raconte-t-il de sa voix douce et raffinée. Tout petit, il se met en tête que son seul droit sera de devenir médecin, comme son père. Mais dès son entrée à la faculté de médecine, il ne se sent pas vraiment à sa place. Si soigner les gens est essentiel pour lui, il veut les soigner autrement, par le biais de l’évasion, du voyage à travers des histoires et des personnages. “Je faisais de la danse en guise de hobby, et un jour quelqu’un m’a dit : ‘ tu sais tu es très expressif quand tu danses, tu devrais prendre des cours de jeu d’acteur.’ J’ai trouvé ça étonnant et ça a commencé à naître à ce moment-là.“

La boule au ventre, il a le courage d’affronter son père pour lui annoncer que son fils ne fera pas honneur à sa famille en devenant un grand médecin, mais qu’il le fera autrement en portant le costume de comédien, pour apaiser l’âme des gens parfois meurtrie par la vie. “Ça n’a pas été un peu compliqué, ça été hyper compliqué. (rire) C’était la fin du monde pour mon père.“  

Le jeune homme qu’il était, n’a sur le moment pas compris pourquoi son père s’opposait à cette carrière. Désormais, avec l’âge et le recul, il ressent ce qu’il a pu éprouver : “Devenir acteur, chanteur, danseur… il considérait que c’étaient des métiers qui ne permettaient pas de gagner sa vie et d’assurer un futur.“ Un père quelque peu déçu que son fils ne prenne pas le même chemin. Pour lui, il est impensable que son enfant puisse s’épanouir dans un autre domaine.

 

 
 
 
 
 
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Ses premiers pas en tant que comédien, William Nadylam les fera incompris par ses parents et son entourage. Ils essaieront par tous les moyens de le ramener à la raison.  

Une folie

Choisi pour jouer dans la pièce Hamlet, représentée au théâtre des Bouffes du Nord à Paris et dirigée par Peter Brook, William Nadylam est fier. “Pour un acteur jouer Hamlet au théâtre c’est un peu le Zénith et faire ça avec Peter Brook qui est une référence mondiale, c’est un peu compliqué d’avoir un idéal plus haut que ça.“ A la fin de la représentation le public est debout, William Nadylam est aux anges. Une telle ovation, qui confirme au jeune homme sa vocation et même s’il doit faire face aux critiques des siens.

Après la représentation, il se réunit avec des amis et leurs parents. Ces derniers apprennent que William Nadylam a abandonné ses études de médecine pour la scène et la caméra. Surpris, ils n’encouragent pas le garçon, bien au contraire. Pour eux, c’est une pure folie : “Ils me plaignaient comme si j’avais attrapé une maladie honteuse. Le fait de m’avoir vu sur scène et d’avoir vu tous ces spectateurs applaudir, ça ne signifiait rien, c’était de la fantaisie… c’était impossible d’avoir privilégié ce contact avec le public, plutôt que d’être médecin dans un cabinet.“ Un privilège, que William Nadylam a savouré et savoure toujours.

Cet ancrage aux jeux et à l’imaginaire, se fonde grâce à sa mère. Le soir, elle le borde, s’assied à côté de lui et lui raconte la bhagavad-gita mis en images. Un ouvrage qui explique la culture indienne, les dieux et les déesses. “C’est le plus long et le plus ancien poème au monde, avec les poèmes d’Al-Roumi dans le monde arabe“, insiste le comédien. Un livre d’histoire, qu’il pense être un roman, tant sa mère est une conteuse qui aime jouer avec les mots pour rendre ce moment vivant et captivant.

Peu à peu, William Nadylam à cette capacité de s’imaginer ses propres mondes et même celui de son père dans sa blouse blanche, qu’il voit comme un jeu d’acteur : “Dans le métier de mon père, il était important de raconter des histoires. Il y avait beaucoup de rituels, de mise en scène de la vie spirituelle. Même dans la profession de médecin il y a un rituel : lorsqu’il rentre dans son cabinet, qu’il enlève son habit de civil et qu’il met sa blouse et son stéthoscope – en tout cas c’est le genre de médecin qu’était mon père – il se mettait un peu en scène, il enfilait son costume et devenait le docteur savant devant le patient, et c’était une sorte de spectacle.“ Un médecin qu’il sera peut-être un jour mené à jouer devant la caméra ou sur les planches, en l’explorant, l’incarnant et le désincarnant… Oui, car c’est ainsi que William Nadylam se glisse dans la peau de ses personnages.  

La naissance de l’autre

C’est comme si les limites de moi étaient trop restreinte. En incarnant, je peux devenir quelqu’un d’autre et le reconnaître ou la reconnaître comme faisant partie de moi.“ Chaque rôle est pour le comédien comme une naissance, une nouvelle personne qu’il s’approprie et à qui il donne vie : “C’est quelque chose qui est très lié pour moi à la mise au monde. Je suis vraiment fasciné par le fait qu’une femme puisse mettre au monde. Et elle met au monde quelqu’un qui sort d’elle-même, je trouve ça fabuleux. C’est une chose que l’on peut banaliser, faire comme si c’était normal, mais ça relève du miracle.“  De par cette pensée artistique, il ne fait plus qu’un avec ses personnages. William Nadylam n’est plus et laisse place à l’autre…

Mais, que ce soit au cinéma, au théâtre ou à la télévision, le comédien a tout l’intérêt de devenir cette nouvelle personne et de transporter le public dans un nouveau champ de connaissances, ou du moins permettre qu’il puisse s’imprégner d’un nouvel univers et se sentir grandi ou peut-être mené à la réflexion.

L’apprentissage à travers le jeu

Ce qui lie le cinéma, la télévision ou le théâtre, c’est le besoin de raconter une histoire et d’apporter quelque chose au public, qui puisse lui servir.“ Quand William Nadylam se met à jouer, il cherche à apprendre avec le public quelque chose de nouveau, peut-être une prise de conscience sur le monde ou qui sait, sur sa propre vie. “Je pense que c’est la base de l’art. Si on rentre quelque part sans avoir d’impact, alors autant ne pas y aller et rester chez soi.“ Un apprentissage qu’il aborde différemment selon les projets, et qui le force à obtenir une certaine souplesse par l’intégration de différents codes : “Lorsque l’on est au théâtre on joue grand, contrairement au cinéma ou à la télévision où  il faut jouer plus petit. Et là aussi, tout dépend des productions, si elles sont importantes ou plus modestes.

Une flexibilité lui permettant en tant qu’acteur, d’évoluer ou de faire évoluer le message, le modifier, en fonction de l’intention donnée. “Dans les cours on aurait tendance à nous apprendre à tout lisser, à tout aplatir, mais il est bien évident que si sur un plateau je dis : ‘Ci-gît Hercule-Savenien’ de Cyrano de Bergerac, qui fut tout, et qui ne fut rien’ – il imite l’accent bourgeois, puis l’accent du sud – je donne deux choses complétement différentes et donc, je raconte deux histoires différentes.“ Se diversifier, passer d’un genre à un autre, c’est l’une des forces de William Nadylam qui peut autant jouer dans un Opéra, que pour “Les animaux Fantastiques“ au cinéma, ou dans une série comme “Parlement“ sur France tv.

L’amour du mystère

Tout naturellement, il me parle d’Eamon son personnage de “Parlement“, dont la saison 2 est disponible depuis le 9 mai dernier. Un personnage aux traits de caractère particuliers tout comme son accent, le rendant unique.  Eamon a une personnalité assez complexe, voire mystérieuse, qui a tout de suite charmé William Nadylam.  L’acteur à cet attrait pour les personnalités qui ont cette tendance à ne pas tout dévoiler d’elles même : “Les acteurs que j’aime bien ont une part de mystère, comme William Hurt. Dans tous ses personnages il y avait toujours une partie que je n’arrivais pas à atteindre et ça me séduisait. Jean-Louis Trintignant, m’a également toujours fasciné avec ce côté très secret, on sent qu’il y a toujours quelque chose derrière. Récemment, on a perdu Michel Bouquet, là encore, on n’a pas fini de faire le tour. Je pense que si l’acteur garde une part mystérieuse, alors il a une chance d’éternité. “

Eamon garde enfoui ses origines, son passé et ne laisse jamais transparaître le moindre sentiment, bien que l’on sente qu’il y a de la douceur et de l’amour à donner : “J’adore ça et il me touche beaucoup“, lance William Nadylam.  Il est un personnage insaisissable, tout en réussissant à capter l’attention du public, cherchant à le découvrir. Malgré son manque de sourire, son professionnalisme et son côté cartésien, Eamon fait parfois rire à ses dépens.

Une interprétation maîtrisée avec brio par William Nadylam, qui fait de ce personnage un être singulier.

Pour apporter ce sérieux, tout en étant parfois quelque peu absurde, l’acteur me confie qu’il s’est inspiré de Charlie Chaplin, Cary Grant ou encore Noé Debré : “Charlie Chaplin il est un peu comme ça, il ne rit pas de ses propres blagues. Il y a un acteur que j’aime beaucoup au cinéma c’est Cary Grant. Je le trouve extraordinaire, de par sa classe tout en étant très drôle. On retrouve ça chez Noé Debré, il a un humour modeste et discret. Ils m’ont appris que l’on pouvait faire rire tout en gardant un certain sérieux. Je me suis donc basé sur ça pour l’apporter à Eamon.“

Un sérieux, qui n’est pas de tout repos pour William Nadylam qui est l’opposé de son personnage et ne peut pas raconter une blague sans rigoler. C’est sans compter ses partenaires de jeux, parfois filous avec lui : “Il y a des moments où c’est très compliqué parce qu’il y a des personnes comme Xavier Lacaille ou Philippe Dusquenne, qui sont assez irrésistibles. Philippe par exemple, quand il arrivait sur le plateau, il suffisait d’un regard et en même temps j’étais un peu sa victime préférée, il me regardait et boum j’éclatais de rire. Il me fallait au moins deux minutes pour me calmer et pour revenir dans le personnage. Il ne le faisait pas trop pendant les scènes, il était quand même assez sympa pour m’épargner(rire).“

L’admiration de l’autre

Des acteurs qu’il apprécie énormément et particulièrement Xavier Lacaille, avec qui il a joué de nombreuses scènes.  “C’est un être humain qui me bouleverse. Il est d’une grande sincérité et c’est très facile de travailler avec lui. Il y a quelques acteurs comme ça avec qui j’ai eu la chance de partager la caméra : Isabelle Huppert en fait partie, une grande dame, tout comme Nathalie Baye.

Avec Xavier Lacaille, tout est simple. Ensemble, ils oublient la caméra, ils jouent comme deux jeunes garçons joueraient dans une cour de récréation et œuvrent à une interprétation des plus authentiques. William Nadylam n’est pas avare de compliments envers son camarade de jeux, dont il est “assez fan du don d’improvisation“, donnant ainsi un certain rythme au scénario : “Mon personnage a une énergie totalement différente de la sienne : je suis plus statique. On est vraiment dans un exercice particulier. Il a cette liberté folle, il papillonne autour du sujet et moi je réponds.“

Les deux acteurs prennent le temps de s’observer, de s’écouter et de ne pas s’enfermer dans leur propre bulle sans faire attention à l’autre : “Il voit tout ce que je fais et voit le moindre petit changement.  Xavier à ce regard de loupe et il voit absolument tout. Puis, il y a aussi la finesse du rapport entre nous deux qui rend tout ça possible.“ En révélant cette complicité, William Nadylam, ouvre une partie de lui : celle de l’humilité et la gentillesse d’un homme, d’un artiste qui sait reconnaître le talent de ceux qui l’entourent. Il en fera de même, en félicitant le talent de la costumière et des équipes du tournage de la franchise des animaux fantastiques, dans laquelle il y interprète le grand sorcier Yusuf Kama.  

Mettre ses chaussures

Dérivée de l’univers Harry Potter, l’acteur français que l’on a pu voir en 2018 dans Les Crimes de Grindelwald, en tant que Yusuf Kama, s’illustre majestueusement dans le troisième volet “Les Secrets de Dumbledore”.

Le comédien m’a fait part de l’importance des costumes et des moindres petits détails : du chapeau aux chaussures en passant par le mouchoir, qui sont dessinés pour le personnage. Pour s’imprégner de son rôle, William Nadylam a eu besoin de s’approprier de chaque accessoire donnant une grande importance aux chaussures. D’après lui, elles sont la base pour entrer dans le rôle :  “C’est un grand classique, mais je fais partie de ces acteurs qui ont besoin de rentrer dans les chaussures. C’est comme si on faisait un premier pas dans le personnage.“

 

 
 
 
 
 
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Entouré d’une costumière ayant reçu quatre Oscars, le comédien ne peut qu’être confiant et affirme, qu’elle associe toujours très rapidement les personnages et leurs besoins. “S’il y a un problème elle n’hésite pas à tout recommencer depuis le début. Puis on se raconte l’histoire sur le costume, d’où il vient…“ Tout comme Eamon, Yusuf est un personnage énigmatique au mille est un secret. Un sorcier sombre, au passé impénétrable : “Au début, il était très abimé, il avait perdu ses cheveux, il était complétement cabossé et au fur et à mesure, ils se sont dit ‘on ne va pas aller aussi loin’. Le costume est revenu à quelque chose de moins esquinté.“ Néanmoins, le personnage reste fragile, avec une fracture profonde. Pour être au plus proche de Yusuf, le comédien n’a pas hésité à perdre beaucoup de poids, pour “Les Crimes de Grindelwald“, ce qui a effrayé le metteur en scène : “Pour Les secrets de Dumbledore, le metteur en scène m’a demandé de ne pas perdre un gramme et de manger normalement (rire). “Un véritable comédien prêt à tout pour être dans la justesse du jeu.

William Nadylam est un être humain avec une belle âme, mise en lumière par sa douceur, son humilité et sa facilité à complimenter les personnes qu’il admire, mais aussi à travers ses projets, comme Respiro. Une nouvelle aventure qui consiste à ouvrir les enfants au monde, à travers 86 contes, racontés par des personnes du monde entier.

 L’artiste n’est donc pas devenu médecin comme son père, mais a cette bienveillance de poser un regard sur l’autre, lui tendre la main, pour lui apporter un peu de joie, de sérénité et l’amener sur la voie de la guérison d’une vie meilleure.