Portraits

Caroline Anglade : le réalisme du jeu, la justesse des mots

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À l’affiche de la comédie de Michaël Youn, « Divorce Club », Caroline Anglade se confie à PressEyes. Elle nous parle de son parcours, de la différence de jeu entre un genre dramatique et comique ou encore la place de la femme au cinéma. 

C’est à l’hôtel Le Brach à Paris que j’ai rendez-vous avec la comédienne Caroline Anglade. À mon arrivée, je m’installe sur la terrasse le temps qu’elle termine une interview. Lorsqu’elle me rejoint, je remarque que la comédienne a fait un petit changement capillaire. Blonde, elle a laissé place à un joli châtain mettant en valeur ses beaux yeux verts.

Elle me propose que l’on se mette dans un coin où il y a moins de monde : « J’aime bien parler fort et s’il y a du monde je ne vais pas oser ». Caroline Anglade a cette classe naturelle, tout en étant pleine de vie et d’humour, qui me met de suite en confiance, jusqu’à même oublier de la vouvoyer… « Tu peux me dire « TU » il n’y a aucun souci », me rassure-t-elle, avant d’ajouter avec ironie « nous sommes deux jeunes filles voyons », balayant sa main du bas vers le haut. 

L’amour du théâtre 

C’est à l’âge de huit ans que Caroline Anglade tombe amoureuse du théâtre, aux côtés de sa maman qui l’a amenée voir la pièce « Thé à la menthe ou au citron » au Théâtre des Variétés. « Quand le rideau s’est ouvert, j’ai dit à ma maman  ‘C’est là que je veux être, c’est ça que je veux faire’. » Quelques semaines plus tard, la comédienne est inscrite à des cours, avant de commencer de réelles études et d’envisager le métier d’actrice.

Une formation théâtrale essentielle pour Caroline Anglade. À ses débuts, elle avait ce besoin de trouver une liberté dans le corps, dans la voix, d’oser exister. Des éléments qu’elle a su trouver sur scène. Aujourd’hui, la comédienne a cette nécessité d’être sur les planches ou devant la caméra.

« Je n’ai pas de préférence, car les deux t’apportent des choses différentes dans la façon d’aborder ton rôle. Mais du coup quand je suis passée en cinéma et en télé, il a fallu que je gomme quelques habitudes. Sur scène, tu dois accentuer tes gestes, les rendre plus grands, parler fort, tandis que là tu as une caméra qui capte tout. C’est en faisant de la pub que j’ai appris, parce que j’ai d’abord commencé par la pub. Il fallait tout diminuer, calmer ma gestuelle et mes mimiques. »

Refléter la réalité

Pas de préférence entre la scène ou l’écran, pas de préférence non plus dans le genre ! La comédienne ne veut pas être cataloguée actrice humoristique ou dramatique. Elle veut montrer ses différentes sensibilités et pouvoir explorer des personnages divers. « J’aime pouvoir aller chercher différentes émotions. J’ai commencé par la comédie au théâtre. Les cours de théâtre, ça te permet de lâcher toutes les émotions que tu as en toi et au départ tu choisis ce métier parce que tu brûles d’un feu intérieur et ça te permet de canaliser plein de choses. » Caroline Anglade a besoin de rire, de faire rire, mais aussi de puiser des émotions beaucoup plus profondes. « J’ai envie de pouvoir explorer toutes ces palettes. Quand tu es acteur, tu observes les gens, tu observes ce qu’ils vivent, tu observes leurs émotions, tu es curieux d’aller chercher ça, et comment déclencher le rire, les larmes. » Elle aime jouer dans des films ou des séries dans lesquels on retrouve les deux registres. Pour la comédienne, ce sont ces œuvres qui reflètent au mieux la réalité. « Comme dans la vie, car parfois on est touchant, on est heureux, on peut passer du rire aux larmes en quelques minutes. Les émotions sont multiples. »

Des émois qu’elle retrouve notamment dans le film « Divorce Club » réalisé par Michaël Youn. Un film qui souligne avec humour le divorce : « C’est une franche comédie où tu te marres. Il a voulu surtout faire rire les gens, mais ça va quand même chercher des émotions parfois un peu plus profondes : le sentiment d’échec, le fait de divorcer. Moi, mon personnage, je ne l’ai pas abordé comme une comédie. Il faut qu’elle soit surtout sincère dans sa démarche, touchante. Après elle est drôle malgré elle. »

Un projet qui a de suite plu à l’actrice avec son personnage qui est une femme moderne, franche, libre, indépendante, reflétant les femmes du 21e siècle. Mais c’est aussi cette rencontre, celle de Michaël Youn. 

La rencontre d’un artiste aux multiples facettes 

La comédienne a découvert le véritable visage de l’acteur, loin de celle du « Morning Live » laissant transparaître un homme sans limites. On voit dans les yeux de l’actrice le profond respect qu’elle a envers le comédien qu’elle décrit comme une personne douce, délicate, professionnelle. On ressent dans sa voix qu’elle est touchée par l’humain que Michaël Youn représente. « C’est une personne exceptionnelle ! D’ailleurs j’ai accouché il y a pas longtemps et il m’a fait livrer un gros bouquet de roses blanches avec une peluche. J’ai trouvé ça très attentionné et d’une délicatesse absolue. C’est tout Mika. Sous ses airs de foufou. »

Une délicatesse que Michaël Youn a su mettre à profit dans « Divorce Club ». « Ce n’est pas le cliché du mari qui trompe sa femme. À travers le personnage d’Audrey (Fleurot), il montre que les femmes peuvent aussi avoir ce côté régressif, où l’on n’a pas envie de se poser, on a envie de s’amuser, on peut avoir envie de retrouver cette âme un peu d’adolescente », explique Caroline Anglade.

Cette comédie met en lumière la force des femmes qui sont loin d’être des victimes ! 

Le réalisateur ne dénigre pas l’image de l’homme, il reconnaît seulement qu’il a ses faiblesses. « C’est beau de voir un mec se perdre là-dedans avec une femme qui avait besoin d’autre chose. C’est beau de voir cette douleur-là chez l’homme. Et surtout c’est beau de voir qu’il n’a pas envie d’aller voir ailleurs, qu’il n’a pas envie de faire la fête. Il n’aspire pas à ça. Il veut une histoire sérieuse, il n’a pas envie d’un Divorce Club sur le long terme. »

Une comédie qui pousse à la réflexion concernant la gente masculine : seraient-ils moins forts que les femmes face à une déception amoureuse ? « J’ai l’impression que l’homme peut potentiellement ne pas s’en remettre et que ça peut totalement l’anéantir, alors qu’une femme a un côté plus Warrior, elle va savoir rebondir. C’est con d’en faire une généralité, car tu as plein de femmes pour qui ça a été vraiment difficile, mais j’ai toujours ce truc de me dire qu’une femme va toujours savoir rebondir. Mais il y a mille contre-exemples et il ne faut pas généraliser et mettre les femmes d’un côté et les hommes de l’autre. »

Un film qui apporte de véritables questions sur le comportement de l’homme et de la femme face à un divorce, pouvant donner des réponses et des armes à des spectateurs dans cette situation.

« On ne change pas le monde, mais on peut l’adoucir » 

Un message que Caroline Anglade juge essentiel, tout comme ses rôles dans « Tout le monde debout » qui évoque le handicap, « Épouse-moi mon pote », dans lequel elle incarne une femme homosexuelle ou encore dans « Mère sous influence », où elle doit agir pour aider une amie. « Qu’est-ce que je pourrais jouer maintenant ? (rire). Il y a tellement de choses qui se passent en ce moment et de causes à défendre. »

Pour la comédienne, il est important que les acteurs puissent à leur échelle pouvoir aider les gens, leur apprendre des faits et soulever des consciences. Une actrice sincère qui ne fait pas ce métier juste pour elle, mais aussi pour les autres, son public, pour leur apporter un certain soutien dans leur quotidien. « C’est un beau métier, qui a son importance parce que tu sais que tu es regardé-e, que tu portes parfois des messages forts et que ce que tu véhicules est primordial. Il faut le prendre à coeur. « Divorce club », c’est une comédie, on contribue à faire rire les gens. On ne change pas le monde, mais on peut l’adoucir. »

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Un monde qui pourtant n’a pas toujours était juste avec la place de la femme au cinéma faisant d’elle un stéréotype, en mettant des actrices de côté après un certain âge. « Quand j’ai commencé à 20 ans, on me disait il faut te dépêcher. À l’époque, tu devais percer à 25 ans, sinon on te faisait comprendre que c’était mort et qu’à 35 ans tu étais foutue. » Heureusement, les choses changent. Le 7e art donne plus de liberté à la femme et surtout une place même après la vingtaine. Caroline me cite Alexandra Lamy, Sandrine Kinberlain, Elsa Zylberstein. « Elles ont un panel de rôles. Ce sont des actrices qui sont là depuis très longtemps et ont ouvert la voie. Aujourd’hui, il y a de très jolis rôles à jouer pour des femmes plus matures dans ces rôles de femmes matures, que tu ne retrouvais pas forcément avant. Je suis tellement heureuse de voir des femmes à 40 ans exploser et travailler autant. »

Caroline Anglade n’a pas terminé de nous transmettre une belle poésie à travers l’art du cinéma ou des séries avec notamment un nouveau projet pour la télévision : « Un très beau personnage avec de très beaux rôles féminins sur la vision de la maternité ». Quoi de plus merveilleux que d’avoir passé le cap des 20 ans pour représenter la beauté d’une mère.

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