Portraits

Laëtitia Eïdo, lève le voile sur les femmes du Moyen-Orient

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Laëtitia Eïdo fait partie de ces actrices qui veulent faire évoluer les choses. En ce moment dans la saison 3 de la série « Fauda » sur Netflix, elle s’est confiée pour PressEyes. 

Multirécompensée, la série « Fauda », diffusée sur Netflix, relate l’histoire d’une guerre. Celle entre les Palestiniens et les Israéliens. Une série qui mêle des images difficiles sur cette réalité qu’endurent les populations, tout en y montrant l’humain et ses émotions. Attention, l’actrice Laëtitia Eïdo prévient : «  Il ne faut pas la considérer comme un documentaire. Elle reste une fiction, basée sur des faits géopolitiques réels. Il faut bien garder en tête que c’est une série israélienne et qu’elle est écrite avec un axe narratif israélien. Ce serait délicat et ce serait une erreur de penser que cela représente la réalité. »

Dans « Fauda », la comédienne interprète Shirin El Abed, une femme médecin franco-palestinienne. Un rôle qui m’a interpellée par sa force, sa façon de faire évoluer le visage de la femme arabe dans ces pays et m’a donné envie d’en savoir plus sur cette artiste franco-libanaise. Malheureusement, au vu de la situation, notre conversation se déroule par téléphone, mais cela ne change pas mon engouement, je veux connaître le parcours de cette comédienne.

Trouver sa voie

Devenir artiste était une évidence pour la jeune femme. « Mais je ne savais pas dans quelle direction aller », me confie-t-elle. Laëtitia Eïdo parcourt un long chemin avant de découvrir la beauté du métier d’actrice. Elle passe tous les concours des écoles des beaux arts et d’architecture. Prise aux deux, elle décide de s’orienter vers l’architecture : « Je me suis dit que ça ferait plus sérieux (rire). Une première ‘erreur’, mais bénéfique, sinon je n’aurais pas été comédienne, je pense. »

Au bout d’un mois, elle se rend compte que ce n’est pas vraiment ce qu’elle veut faire. La jeune femme tient tout de même à passer son diplôme avant de partir rejoindre une troupe de théâtre. « Depuis la primaire, je passe des concours d’écriture, je fais des concours de dessin et là je me suis dit que j’allais m’inscrire à une troupe de théâtre pour apprendre à écrire des histoires. » Mais ce sera grâce au désistement de l’une de ses amies au conservatoire de Grenoble qu’elle tombera sous le charme du jeu et de l’interprétation. « Une copine m’a dit ‘J’ai été prise au conservatoire de Grenoble d’art dramatique, mais je suis trop timide. J’ai trop peur, ça ne va pas du tout, prends ma place puisque tu es dans une compagnie de théâtre’. Je lui réponds que ce n’est pas pour jouer, c’est pour écrire. Finalement, j’y suis allée et je suis devenue addict en un cours ».

Elle aimait écrire les mots, le conservatoire lui donne les clés pour aimer les dire. Six mois plus tard, Laetitia Eido est à Paris pour poursuivre ses ambitions. L’actrice fait une troisième année à La Sorbonne Nouvelle, durant laquelle elle réalise un court-métrage. Elle y apprend la scénographie, le décor de cinéma tout en se formant en tant que comédienne. « J’ai une formation assez longue, j’ai fait six écoles, car ça n’allait jamais. À chaque fois, je restais un an et demi, deux ans et je me disais non ça ne va pas, jusqu’à ce que je trouve la bonne. Enfin la bonne, elles étaient toutes bonnes, elles m’ont toutes apporté quelque chose, mais il y a un moment où j’ai trouvé l’école qui formait avec la technique S.Meisner. » Une technique basée non pas sur soi, mais sur l’instant présent et sur l’autre, offrant une belle alchimie entre les partenaires de cinéma.  Une façon de travailler qui reflète l’âme de Laëtitia Eïdo et de ses attentes. 

Des personnages authentiques

L’actrice, qui a longtemps hésité entre la biologie, la sociologie et l’art, retrouve aujourd’hui ces trois domaines par l’interprétation. Lorsqu’elle joue un rôle, elle définit son corps comme un mini laboratoire de l’humain. « Ça me permet de découvrir ce que je ressens, ce que peuvent ressentir les autres.  C’est pour cela que je parle souvent d’empathie notamment pour le rôle de Shirin dans la série Netflix de ‘Fauda’. J’ai fait en sorte qu’elle ait de l’empathie pour les deux camps cités : Israël et la Palestine. C’est vraiment un apprentissage à long terme pour moi : comment devenir une meilleure personne et mieux comprendre les autres. »

Dans ses rôles, pas de superflu. Elle se concentre sur la maîtrise de son texte et cherche à être la plus juste possible. Elle n’essaie pas de devenir une autre personne. « Ce travail-là ? ce n’est pas moi qui vais le faire, c’est le chef décorateur et l’éclairagiste qui vont créer l’ambiance dans laquelle je vais être. Le scénariste va créer des personnages qui vont dire des choses que je n’aurais jamais dites moi-même et c’est ça pour moi qui crée le personnage. Mon seul travail c’est d’être le plus sincère possible. » 

Une sincérité que l’on ressent par l’authenticité et l’émotion que dégage Shirin dans la série « Fauda ».

La mise en lumière des femmes au Moyen-Orient 

Shirin, est un rôle proche d’elle. Pourtant, à la première lecture du scénario, il était loin d’être ce qu’est devenue Shirin grâce aux négociations de Laëtitia et de la scénariste Leora Kamenetzky qui ont bousculé les codes de la représentation de la femme arabe dans une série représentant le Moyen-Orient. « Au départ, elle n’était pas du tout franco-palestinienne, elle était juste palestinienne et je leur ai dit ‘Je trouve que c’est important puisqu’elle va être tiraillée et tyrannisée par les deux camps’. » Il était important pour l’actrice que Shirin ait un pied en dehors du conflit. L’équipe, ouverte d’esprit, a accepté. La comédienne tenait à ce que son personnage ait un parcours correspondant à son éthique personnelle. « Je trouvais important, dans un conflit géopolitique aussi brûlant et d’actualité, que les deux camps représentés dans cette série soient vraiment présentés de manière humaine la plus égale possible, mais surtout que l’on montre leur humanité, même si elles ne sont pas comparables. »

Shirin n’a pas seulement changé d’origine durant cette écriture. Elle a également connu une ascension sociale. Au départ, le personnage faisait écho au cliché de la femme arabe : vendeuse de légumes dans l’épicerie de son oncle. Une description qui indigne Leora Kamenetzky, refusant que Shirin soit rabaissée à ce stéréotype. Pour la scénariste, il était primordial qu’elle ait un poste majeur pour mettre en valeur toutes ces Israéliennes et Palestiniennes ayant fait des études ! Il est précieux de rappeler au public que des femmes intellectuelles dans ces pays existent. Un fait bien trop oublié par les ravages du cinéma et des séries qui restent figés sur cette décalcomanie de la femme voilée, sans diplôme. « Je suis très attachée à jouer des personnages qui peuvent sortir les femmes des clichés dans lesquels on les met en permanence à l’image. Mais pas uniquement à l’image, c’est un problème qui dure depuis des siècles qui s’explique de différentes manières : politique, religieuse et humaine. En tant que comédien, on peut donner sa voix à tel ou tel réalisateur, qui veut mettre en lumière par exemple ici les femmes d’une façon un peu différente de ce que l’on voit d’habitude. Il faut que l’on utilise ce pouvoir-là pour changer la façon dont les femmes sont vues actuellement ».

Laëtitia Eïdo interprète également une chrétienne palestinienne, enseignant l’éducation sexuelle aux femmes à Nazareth, dans le film « Holy Air »,. « Cette femme, elle existe, je l’ai rencontrée et c’est génial. Il y a des gens qui pourraient dire que c’est un peu gros, c’est un peu exagéré, mais non c’est la réalité, c’est juste qu’il faut arrêter de ne pas la voir ! » Des rôles rétablissant la vérité sur la condition d’une grande partie de ces femmes ! 

Dans un registre plus léger, on pourra retrouver l’actrice aux côtés de Pierre Rochefort, dans le film romantique « Entre deux trains », de Pierre Filmon. Un long-métrage tourné en cinq jours qui devrait sortir à l’automne prochain. Elle sera également à l’affiche du film “Les choses humaines” d’Yvan Attal, tiré du roman de Karine Tuil.

Pour le moment, je vous invite à  vous plonger au cœur des forces spéciales israéliennes  dans la série « Fauda ». Les saisons 1 à 3 sont disponibles sur Netflix. 

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