Portraits

Sofiia Manousha : l’art de prendre soin de soi et des autres

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L’actrice Sofiia Manousha fait partie de ces artistes qui ont cette délicatesse dans le mouvement. Son corps est un art qui raconte une histoire même quand elle est immobile. À l’affiche du prochain film de Patricia Bardon, « Nana et les filles du bord de mer », la comédienne s’est confiée à PressEyes.

Aujourd’hui, je vous embarque dans le monde de la comédienne Sofiia Manousha. Un univers idyllique fait de douceur et de bien-être. Pour l’actrice, se sentir bien, prendre soin de son corps est primordial pour continuer à atteindre ses propres objectifs. Sofiia Manousha est une femme pétillante, qui dégage une énergie à la fois forte et en même temps apaisante. Je tombe sous le charme de sa belle chevelure longue ébène et bouclée, Elle a ce petit plus avec l’audace de s’être coupé une frange (que l’on abordera un peu plus tard), qui définit son style, sa personnalité et lui va à ravir. 

Le corps : la base artistique

Nous nous installons confortablement. L’actrice prend un petit peu d’eau avant de commencer ce voyage artistique. Un voyage qui n’aurait peut-être pas eu lieu si elle ne s’était pas retrouvée par hasard sur le tournage d’un clip, lui donnant cette envie de s’exprimer. Sofiia Manousha n’aurait jamais pensé devenir un jour comédienne : « Je ne me voyais pas actrice pour la simple et bonne raison que les actrices je les trouvais belles et que moi à l’époque je ne me trouvais pas belle. Je trouvais que je ressemblais à un garçon. Je fantasmais sur les actrices avec les cheveux longs et jamais je n’aurais pu envisager de le devenir. » Hyperactive, la seule chose qui pouvait la calmer était son piano qu’elle a pratiqué durant 17 ans ou le fait de  regarder un film.

Est-ce un signe ? Le signe d’une belle carrière qui se dessine avec des projets toujours plus intéressants les uns que les autres. Sofiia Manousha aime raconter des histoires, incarner des personnages avec une construction corporelle : « Je n’ai pas fait de cours de théâtre. En revanche, j’ai fait beaucoup de danse et je pense que pour moi la construction d’un personnage passe par l’incarnation et tout passe par le corps. Tu reconnais la démarche de quelqu’un et, quand je construis un personnage, la première chose que je vais me demander c’est comment elle se tient, comment elle marche. »

La comédienne se sert de son corps comme un objet de parole. Un acteur doit avoir cette capacité de ne pas jouer, mais d’être. « La base du squelette, c’est le corps, c’est comment tu l’incarnes et après les sentiments tu les rajoutes et tu te nourris de ce que le réalisateur va te demander, te donner et toi en même temps tu nourris ton intérieur. Je travaille beaucoup avec les rêves, dans l’imaginaire, et j’imagine qui elle est. »

Un corps qui n’est pas juste là pour nous faire marcher, qui n’est pas juste là pour agir de manière inconsciente, par habitude ou encore juste là à poser face à une caméra, un appareil photo. Non le corps de Sofiia Manousha vit, il raconte, même quand elle endosse son rôle de modèle pour des campagnes de grandes marques. « Sans prétention, car je n’ai pas la beauté d’Emily DiDonato ou de Romee Strijd, mais ce qui revient souvent quand je travaille avec des photographes c’est ‘ Waouh, c’est génial de travailler avec une actrice’. »

L’immobilité vivante 

Sofiia Manousha ne pose pas, elle vit et ne réfléchit pas face à l’objectif, elle veut que ce moment soit une aventure aux différentes interprétations pour véhiculer un message avec les ondes qu’elle envoie. Sa présence et sa prestance vont au-delà des gestes. Même de dos, la comédienne puise une force pour montrer qu’elle est là, qu’elle existe, qu’elle incarne. Une notion qu’elle avait du mal à aborder comme beaucoup d’acteurs et d’actrices comme le disait le réalisateur Philippe Godeau : « Beaucoup de comédiens sont mauvais de dos ». Sofiia Manousha a acquis cette complexité grâce au film « Le noir (te) vous va si bien », de Jacques Bral. « Je me souviens les premières scènes, c’étaient des scènes de dos et moi je ne comprenais pas ce qu’il voulait, il me disait ‘Mais tu ne joues pas’ et moi dans ma tête j’étais là ‘Mais je suis de dos’ et à ce moment-là j’ai compris qu’un acteur est vivant dans son corps et un acteur ne joue pas, il incarne et l’incarnation se passe par le corps. »

Pour donner toute cette puissance à ses personnages, Sofiia Manousha a un équilibre de vie irréprochable. Sportive, elle pratique depuis plusieurs années avec sa coach Verena Tremel du Pilates Reformer et Gyrotonic (Pilates sur machine) de la Barreshape (enchainement d’exercices issus de la danse classique, du Pilates, du yoga et du cardio training) et de la boxe. Elle a sa propre alimentation, qu’elle partage au cœur de son propre magazine en ligne « Mybeautyfuelfood » qu’elle a co-créé avec sa soeur Anaïs Jazmine. « C’est un site que j’ai créé en 2018 suite à des soucis de santé que j’ai réglés grâce à l’alimentation ». Passionnée par l’impact des nutriments sur la peau et le bien-être, elle approfondit ses recherches pour souligner une alimentation qui fait du bien au corps. L’un ne va pas sans l’autre. « Je pense qu’en tant qu’actrice, et que pour notre travail, il faut prendre soin de ses organes et prendre soin de son corps. J’ai très vite compris que l’alimentation avait une part très importante dans notre bien-être. »

Une fascination qui vient de son éducation avec les femmes l’ayant entourée : sa mère et sa grand-mère. « Je ne me suis jamais vraiment maquillée et j’ai vite réalisé que pour avoir une belle peau il fallait bien manger et c’est vraiment ce que ma mère et ma grand-mère m’ont transmis. C’est vraiment le patrimoine culturel. Ma mère ne se maquille pas, ma grand-mère ne s’est jamais maquillée. Ma mère a une peau incroyable et ma grand-mère à 75 ans a une peau sans aucune ride avec un teint frais. Ça m’a toujours fascinée cette façon qu’elles avaient de prendre soin d’elles sans être dans le rituel. C’était simplement de manger des antioxydants, boire des tisanes. Ma mère a toujours fait des cures d’huile de bourrache. »

Partager et aimer son prochain

Une bonne alimentation c’est aussi un bien-être psychique. La comédienne veut pouvoir être proche des siens et se rendre disponible. « C’est important de prendre soin de soi, même d’un point de vue personnel et spirituel. Si je prends soin de moi, je serai disponible pour prendre soin des autres et pour moi il y a cette notion de self love ou self care. Pour moi, ce n’est pas être centré sur soi, se donner de l’amour, bien se nourrir, mais un art de vivre. » C’est l’art de préparer son repas dans une belle assiette avec des couleurs qui donnent envie, se servir un thé dans une jolie tasse, prendre conscience de ce que l’on mange, savoir prendre du temps pour sourire … 

Son site, elle l’a fait pour elle, mais surtout pour les autres. Sofiia Manousha veut pouvoir aider les femmes sur des tracas immunitaires ou hormonaux. Aider toute une génération dont l’alimentation peut être parfois un poison. « J’avais juste envie avec beaucoup d’humilité de partager mon expérience et de me dire voila si mes recettes, mes routines peuvent apporter un grain de sable de bien-être, juste une good vibe à une personne, je suis heureuse. »

« Mybeautyfuelfood » est un magazine qui apporte cette petite touche gourmande, de bonne humeur ou de prise de confiance en soi à travers diverses rubriques : les recettes, les portraits de ces femmes qui nous donnent envie de se surpasser ou encore les sports pour découvrir de nouvelles pratiques ou des nouvelles marques qui nous veulent du bien. Un petit trésor de conseils précieux. 

Être soi dans une réalité juste 

Nous revenons petit à petit vers le 7e art et notamment les stéréotypes qu’il peut véhiculer. Si je trouve ses cheveux resplendissants, je sais que parfois une chevelure bouclée peut poser des problèmes dans certaines professions. Je lui demande si elle a rencontré des refus de rôles ou des obligations de les lisser. « Mes cheveux bouclés, c’est mon identité. Je les ai lissés vers 12-13 ans pour faire comme tout le monde, mais très vite ma mère me l’a interdit.»

L’ actrice me confie qu’elle s’est toujours assumée, même si comme tout le monde elle a ses propres complexes. Mais ses cheveux font partie d’elle et pour rien au monde elle ne les lisserait. Sofiia Manousha serait tout de même prête à les couper pour un rôle ! « Demain, si je dois m’en débarrasser, je m’en débarrasserai, j’adore mes cheveux, mais je peux m’en passer, alors que c’est mon identité. Ça été un grand pas de me faire une frange par exemple. ‘Flashdance’ a rythmé ma vie ( rire) et j’ai toujours voulu avoir une frange. Tout le monde me disait, mais tu as les cheveux bouclés, ce n’est pas possible et un jour j’ai dit ‘fuck’, je les ai pris et je les ai coupés et depuis, je n’ai plus jamais quitté ma frange et j’ai trouvé qui j’étais avec ma frange. »

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Sofiia Manousha ne prête pas attention aux stéréotypes, encore moins aux normes que la société peut nous imposer. Elle vit. L’actrice veut faire comprendre aux gens, aux femmes, aux adolescentes que la vie n’est pas ce que l’on voit sur Instagram, certainement pas les filtres. C’est se montrer comme on est avec ses qualités, mais aussi ses défauts, et en faire notre force. « Je vais plus dans la discrimination liée au jeunisme parce qu’il faut être comme-ci et comme-ça. Ce qui m’inquiète, c’est la nouvelle génération qui pense que pour être belle il faut se faire botoxer à 18 ans. Les filles qui n’arrivent pas à se voir sans filtre… Pour moi, la discrimination elle est là, car on pense que c’est la vérité. Ce qui m’intéresse, c’est vraiment le fait de se reconnecter avec soi : tu es toi et je suis moi. Quand je ne suis pas prise dans un film, je ne râle pas, je me dis juste que c’est le réalisateur qui a voulu raconter son histoire : toi, moi ou une autre actrice ne raconterons pas la même histoire. On n’est pas au centre du monde, il faut juste se dire que ce n’était pas pour moi, qui je suis pourra nourrir un autre rôle. »

Poésie et musicalité 

En parlant de rôle, l’actrice incarne Nana, un beau personnage dans « Nana et les filles du bord de mer » de Patricia Bardon, en salles le 12 août. 

Au départ, elle ne devait pas jouer dans le film. Pourtant, il est difficile d’imaginer une autre actrice pour jouer Nana. Un personnage très corporel, par son attitude, mais aussi par cette scène de nudité. On y voit pas une femme nue, mais une poésie soulignant les courbes de la femme. Une séquence suspendue dans le temps comme une photographie, un tableau. « J’ai de suite été séduite par le personnage, car ce n’est pas le type de personnage vers qui je vais aller.  Je vais plutôt aller vers des personnages qui sont dans l’introspection. Là, elle est totalement dans l’expression et j’ai beaucoup aimé le scénario et la subtilité avec laquelle elle décrit les réseaux sociaux, les relations amoureuses. Je trouve que ce personnage de Nana est assez intéressant, car elle est plurielle. »

Nana correspond à une femme voulant être en phase avec son époque, en s’inscrivant sur un site de rencontre. Un site qui sera finalement pour elle le moyen de laisser sa plume ou son clavier s’exprimer. Un amour plus fort que de chercher un coup d’un soir ou une nouvelle relation.

La musique du film donne une grande ampleur à chacun des mouvements et états d’esprit des personnages. La musique fait partie des protagonistes et traduit leurs humeurs. Une œuvre atypique, sublimée par la justesse du jeu des acteurs et d’une caméra qui se situe entre l’art cinématographique et théâtral. 

La discussion prend fin. À travers ses mots, ses paroles, face à Sofiia Manousha et à cette belle âme intérieure, je me sens comme ressourcée et apaisée. 

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