YCARE : l’homme qui aimait l’Humain et sa richesse

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Crédit Photo : Yves Bottalico

Ycare est une boule d’énergie peut-être même un peu super actif. Mais il est surtout un poète, qui avec ses amis chanteurs aime à nous faire voyager à travers des histoires d’amour, de famille empreint de nostalgie. Pour la sortie de son album “Nos Futurs”, l’interprète et compositeur s’est livré sans faux-semblants, avec authenticité. 

S’il y a des chemins tout tracé, celui d’Ycare est un mélange de surprises, de joies, de peines, de chutes avant de rebondir pour enfin se trouver. Devenir chanteur n’était pas vraiment sa destinée, mais la vie en a décidé autrement pour lui. Quand il arrive en France pour poursuivre ses études à Montpellier, pour lui tout était clair : “La réalité dans laquelle je suis né, je suis libanais, j’ai grandi au Sénégal, ce n’était pas dans les contingents de devenir chanteur et de venir en France pour percer dans ce milieu. Je venais juste faire mes études, puis repartir au Sénégal pour vivre auprès de ma famille.” Quinze ans plus tard, celui qui se prédestinait à devenir Broker dans le trading des matières premières est devenu l’un des chanteurs préférés des Français. 

 

 
 
 
 
 
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Se livrer aux autres 

Paris, les rues, la vie l’inspire. Il se met à écrire et certains soirs, il chante ses textes autour d’une table à ses ami.es. L’une d’entre eux remarquera son talent. C’est sans rien lui dire, qu’elle l’inscrit à Nouvelle-Star. S’il perd en demi-finale, cette émission est un tremplin pour le jeune artiste qu’il était. Lui qui cherchait à se faire remarquer, peut enfin exprimer ce qu’il ressent, partager ses mots, son intimité avec le plus grand nombre. “Quand tu écris une chanson, tu partages une intimité avec une plus grande audience. Il faut quelque part un manque de pudeur et une certaine dose d’inconscience pour se dire que tu ne vas pas être jugé, surtout dans une société ou tu es jugé sur tout.

Pour Ycare, la musique l’aide à dire les choses, comme quand il était jeune et que l’ivresse lui permettait de se désinhiber, la musique apporte l’ivresse aux mots, les faits chanter, les faits tanguer. “La musique c’est un écrin. Le fait de chanter c’est un peu déclamer en épousant les vagues comme si on surfait. Les mots c’est l’eau, la vague c’est la musique et le surfeur c’est le chanteur.” Une belle métaphore qui révèle la fluidité de cet univers musical. Un univers fort qui permet parfois de guérir certains coeurs souffrants, mais aussi de rassembler sans le vouloir ou de se sentir proche d’un artiste, comme Ycare a pu prendre Jacques Brel pour modèle. 

 

 
 
 
 
 
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Ycare ne connait pas Jacques Brel. Pourtant, c’est cet artiste qui le fait vibrer et qui lui donne envie de devenir chanteur. “J’ai tout regardé de lui. C’était mon rêve de faire un jour l’Olympia comme lui, d’arriver en peignoir et dire adieu.” Grand admirateur, Ycare analyse les textes de ses chansons, pour apprendre à son tour à écrire. Il ne prend pas de cours de chant ou de musique mais il observe l’entièreté de son idole, pour espérer un jour devenir aussi grand. “Ça fait 15 ans que je fais ce métier et on se parle aujourd’hui. Avant de se faire remarquer, il faut prendre du temps, travailler. Pour citer Jacques Brel : Le talent c’est la sueur, c’est le travail.

Ycare émane une grande sensibilité. Lorsqu’il chante, on est subjugué par l’émotion qu’il peut véhiculer. Il transperce les coeurs et les âmes. Une force de l’interprétation qui attire les plus grands de la musique avec notamment Olivier Rude, qui a travaillé avec Vanessa Paradis ou encore M. 

Une vague d’Oxygène 

Quand Olivier Rude le contacte pour lui faire part qu’il croit en lui, Ycare vient de débuter dans le monde la musique. Jeune et insouciant, il se sent honoré, mais en même temps n’est-ce pas normal qu’une maison de disques paye pour qu’il fasse de la musique ? “C’est la jeunesse… Tu ne te rends pas bien compte de la force de ce que l’on te proposait et de ce que tu vivais avant que l’écume ne se retire.”  S’il vit un conte éveillé, Ycare sombrera dans une période difficile après la sortie de son deuxième album. Le chanteur perd peu à peu son public et tombe dans l’oublie… 

Pour Adieux je t’aime, c’est l’album pour lequel je ne devais pas survivre, quand je vais dormir je me suicide dedans, le costume est un peu trop grand pour moi… je pensais et je te jure que l’album sortirais et que je serais mort. Je m’étais enfoncé dans des choses dont on ne sort pas. Normalement si tu ne vas pas à la clinique pendant des années, c’est difficile de s’en sortir. L’alcool, la drogue. Tout ça a failli me tuer.“, s’exprime Ycare avec force et pudeur. 

 

 
 
 
 
 
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L’interprète et compositeur a eu cette rage de se ressaisir, et même s’il ne sait pas comment il a survécu pour “Des Millions d’années”, il a su trouver ce renouveau d’oxygène, non pas pour renaître mais pour naître tout simplement. Il arrête les sorties et se mets à courir tous les jours, fait du sport et ne boit plus une goutte d’alcool. “J’ai compris la phrase de Brel, le talent c’est la sueur. Il faut travailler. Alors oui j’avais l’inspiration, mais si elle est désordonnée, on ne la comprend pas vraiment. Aujourd’hui je suis visible car je me comprends moi-même. Je sais ce que je veux exprimer aux gens, je sais ce que je veux leur dire.

Pour “Des Millions d’années” il décide d’être nu sur la pochette. Il abandonne ce costume trop grand dans lequel il se perdait pour plaire à tout prix à tout le monde. Désormais, il compose, interprète et produit en fonction de ce qu’il y a de plus profond en lui. “Tout émane de toi et quelque soit ton secteur, que ce soit dans le journalisme, la boulangerie. Ça vient de l’intérieur et les gens s’identifient à une vérité.

Une naissance qui le fera grandir, mais surtout qui lui permettra de faire de belles rencontres pour continuer cette ascension artistique avec un nouvel album : Nos Futurs. 

Se sentir à sa place 

La pochette de Nos Futurs reflète l’Ocean, la pureté de l’eau et de ce rivage qu’il a pu traverser avec ses amis qui l’ont accompagné dans ce nouveau projet. “Je passe de Adieu je t’aime où je dis que le bonheur est un costume un peu trop grand pour moi, à ce dernier morceau de mon nouvel album qui s’appelle Costume à ma taille, dans lequel je dis où que j’aille, je trouverais un costume à ma taille.

NoS FuturS, c’est ces deux S qui révèlent l’absence d’avenir à celui d’ une multitude de champs et de futurs possibles. Une oeuvre qui est la continuité même Des millions d’années, où Ycare poursuit ses rencontres pour des duos incontournables. 

Je voulais faire une réédition avec deux titres. Puis, les rencontres que j’ai faites grâce à Des Millions d’années, sur les plateaux de télévision, sur les radios… avec d’autres artistes m’ont donné envie de refaire un album de duo pour avoir la chance de chanter avec eux.” Dans “Nos Futurs” on retrouve alors Mentissa, Claudio Capéo; Anne Silla, Clara Morgane, Garou ou encore Patrick Bruel, dont leur single Origami a été le premier à être révélé. 

Avec Patrick Bruel, on peut parler d’un véritable coup de foudre amical. Des amitiés précieuses de plus en plus rares. Une rencontre qui aurait pu ne jamais avoir lieu, si Ycare n’avait pas été choisi pour remplacer d’urgence Kendji sur le Prime Corse de l’album de Patrick Fiori.  

Une fois que j’ai terminé ma prestation, je croise Patrick Bruel et c’est difficile à expliquer, mais on est comme saisi par quelque chose. J’avais envie de le tutoyer et lui demander comment il allait, alors que le gars c’est Patrick Bruel.” Une sensation de déjà-vu, comme s’ils se connaissaient d’une autre vie. Très vite, les deux interprètes deviennent très proches. Ils s’appellent à n’importe quelle heure pour se raconter leurs moeurs d’artistes, mais aussi ces nouvelles compositions qu’ils ont envie de faire chanter. 

Pour Origami, Ycare a écrit le morceau, quand Matthieu Mendès en a fait la composition. Une fois le texte terminé, il appelle son ami en lui proposant trois chansons pour l’inviter sur son album. “Finalement c’est Origami qu’il a choisi et qui est devenu aussi sa chanson, puisqu’elle fait partie de la réédition de son album.

 

 
 
 
 
 
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Quand il parle de son grand frère, de son mentor, comme il l’appelle, on sent une véritable admiration. Une admiration qui fait du bien et qui prouve que l’être humain à encore foie en l’autre. Un monde musical dans lequel il existe encore des hommes et des femmes qui n’ont pas peur de s’aider, sans jalousie, sans peur que l’autre ne prenne sa place. 

Ce lien avec l’autre a une grande importance pour Ycare, lui qui aime regarder les autres. “Aujourd’hui je chante avec les gens pour lesquels j’ai l’habitude d’écrire. C’est une intersection magnifique et miraculeuse tout ça. Je suis dans une position idéale : Je m’occupe d’eux comme quand je leur écris mes chansons, avec un certain recul et abnégation, sauf que ça me laisse une petite place pour chanter avec eux. Je m’éclate et je vis ma meilleure vie.

Un album de duo, mais aussi un album nostalgique de ces souvenirs qui reviennent, du temps qui passe, de cet amour que l’on cherche, de cette vie d’antan dans la pauvreté et la misère… Une nostalgie qu’aime Ycare, car pour lui elle n’est pas synonyme de tristesse, bien au contraire elle est celle du bonheur.  “Quand j’ai chanté Colette sur la scène de l’Olympia, j’ai eu cette phrase que j’ai gardé  :  la nostalgie c’est de la tristesse qui a appris à sourire.

Une jolie phrase, qui met fin à cette belle interview. 

Ycare est de ces personnes qui touchent avec qui on a envie de parler des heures entières. Très peu pour lui de se prendre pour la star, tout le monde est au même niveau. Une gentillesse et une proximité qui fait du bien dans ce monde parfois si cruel. Mais surtout, Ycare est un artiste de par sa voix qui raisonne, à la sensibilité qu’il apporte à chaque mot, chaque phrase… Finalement, il est un peu notre Jacques Brel.