Portraits

India Hair : la poésie d’un cinéma humain et environnemental

par  | 

La comédienne India Hair représente plus que de simples personnages. Elle est cette artiste aux valeurs fortes, qui impacte par son jeu, la vision du sexe, de l’amour, de l’humanité, de notre comportement. Une artiste sensible qui porte une voix importante.

Douceur, c’est le premier mot qui me vient à l’esprit quand j’entends les premières syllabes énoncées par India Hair. La comédienne a cette petite voix pleine de poésie, accompagnée par le chant des oiseaux que je perçois à travers à mon téléphone. Une voix timide qui a ce plaisir de raconter des histoires et rendre hommage à des artistes. « C’est aussi cette histoire d’être ensemble. Quand on travaille dans ce métier, il y a les lumières, les costumes, tout est faux, mais finalement la connexion que l’on a avec son partenaire pendant un très court laps de temps, c’est une grande bouffée d’adrénaline. »

C’est à 13 ans qu’India Hair décide qu’elle sera comédienne. Elle commence par la danse. Une discipline qui ne lui convient pas vraiment. « Il y avait un cours en dessous de théâtre, je me suis dit je vais regarder. Ça m’a tout de suite plu. Je me suis sentie plus dans mon élément. »

Avec des parents artistes, India Hair a cette chance d’être poussée. Devenir comédienne n’est pas considéré dans sa famille comme un loisir, mais comme un véritable métier. Ils feront tout pour que leur fille, leur petite-fille, puisse s’épanouir dans ce merveilleux domaine artistique. India Hair va puiser dans la culture de sa maman anglaise. Ses grands-parents maternels lui transmettent l’amour du métier. « Ils m’ont fait énormément découvrir beaucoup de films quand j’étais petite et m’amenaient beaucoup au théâtre. » 

Un cinéma d’auteur complexe et enrichissant 

Consommatrice du 7e art, elle n’est plus seulement spectatrice, elle joue. « Je reçois surtout beaucoup de scénarios de films d’auteur et ça me ravit, car c’est un milieu où il y a beaucoup de choses à raconter et à exploiter. » Des histoires qui ont de véritables valeurs, ancrées au cœur de la société, et qui touchent l’humain. Je peux citer « Camille redouble » qui met en avant le regret du fait de vouloir changer les choses, « Rester vertical » qui évoque l’abandon ou encore « Petit paysan » qui souligne la vie des agriculteurs. Des sujets forts et à la fois intimes. « Ce sont des points de vue qui m’intéressent comme quand je lis un bouquin. C’est le fait d’entrer dans un point de vue de quelqu’un et à la fin d’un film ou de la lecture d’un scénario tu as cette impression de connaître un peu mieux l’environnement, les sensations d’une personne que je n’aurais sans doute jamais rencontrée. Je pense que dans un scénario bien écrit avec un vrai point de vue on ressort avec un sentiment d’altérité et d’humanité partagé. C’est assez fort émotionnellement. »

Au-delà d’impacter les spectateurs par ces thèmes, India Hair veut que ses personnages soient compris, qu’ils puissent transmettre un réel message. « Dans ma vie personnelle, j’ai des valeurs qui me guident. Au cinéma, j’aime aller vers un projet qui me correspond, j’aurais du mal à aller vers un projet dont les idées ne me correspondent pas. Après, un personnage qui pense différemment de moi, ça, ça me fait plaisir. »

La comédienne a également eu l’audace de faire cette scène dans « Rester vertical » d’Alain Guiraudie. Un passage où l’on voit cette vulve en premier plan, faisant écho à « L’Origine du monde » de Courbet. 

Sexualité artistique 

Une audace qui finalement est artistique tant la scène est chorégraphiée. On ne voit plus cette partie intime comme quelque chose qui doit être cachée, mais comme indispensable à la sensualité de la femme, au plaisir, offrant une belle scène d’amour entre deux êtres humains. « De ce que j’ai compris par rapport à son cinéma (Alain Guiraudie) que j’aime beaucoup, c’est que le sexe n’était pas plus important ou moins important que de boire un café avec son homme. Et que l’on pouvait totalement le montrer au même titre qu’autre chose et que c’était aussi important dans la relation de couple ou dans les relations entre les gens tout simplement. »

Les acteurs se sont sentis en confiance, avec un réalisateur à leur écoute qui les a guidés tout le long de la scène. « C’était quelque chose de très précis, où l’on était guidé, on ne nous a pas dit ‘Bon allez vous êtes libres’. Heureusement, car cela voulait dire que l’on aurait dû véritablement livrer notre intimité, alors que ce n’était pas notre intimité que l’on devait livrer, mais ce qu’il voulait voir des personnages. »

Un cinéma pointu qui demande un soupçon de réflexion de plus que le cinéma grand public. Mais la comédienne me confie tout de même son envie de jouer dans un genre plus populaire. « J’aime bien les choses plus grand public et j’ai eu l’occasion deux trois fois où je devais faire ce genre de films et je me suis retrouvée avec des problèmes de calendrier donc des rendez-vous manqués ».

India Hair est depuis le 2 septembre à l’affiche du film « Poissonsexe » aux côtés de Gustave Kervern. Un film peut-être visionnaire, d’un futur proche relatant l’histoire de la dernière baleine du monde qui petit à petit s’échoue. Daniel (Gustave Kervern), un scientifique dans un laboratoire, travaille sur la reproduction des poissons. Lui également rêve de paternité, mais à Bellerose là où il vit, il ne reste que trois femmes. « C’est l’intime et le monde mêlés, lui sur le fait qu’il a envie de devenir père et puis le lien avec le fait que si la nature est bien écrite, la nature aussi. Ça va être une rencontre amoureuse assez perturbée entre lui et mon personnage qui s’appelle Lucie qui travaille dans une station de service. »

La poésie d’un engagement environnemental 

Un projet qui a touché l’artiste par l’engagement écologique qu’il met à l’honneur, mais aussi par sa connotation très poétique. « Je sentais qu’esthétiquement ça allait avoir une vraie patte. Mon personnage est assez timide. Elle a une faille, mais qui ne va pas la définir et ça ça m’a touchée. Elle se bat contre sa timidité. Elle aime vraiment les gens, mais elle a parfois du mal à l’exprimer. »

Un film dans l’ère ou dans l’air du temps avec une véritable sensibilisation auprès d’une nouvelle génération qui doit se battre pour sauver notre planète. « On nous en parlait quand on était petit comme quelque chose qui allait sans doute arriver et là c’est en train d’arriver. On élève nos enfants avec cette conscience-là. J’ai quand même bon espoir. »

India Hair sera également dans le prochain film de Quentin Dupieux, « Mandibules » qui sort le 2 décembre en salles. Le film ne parle pas de baleine, mais d’une mouche géante ! Un beau projet un peu décalé, mais qui là aussi peut faire réfléchir sur notre façon de vivre.

Une artiste avec une belle âme qui sait défendre ses personnages comme les histoires des artistes qui les écrivent.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.