Portraits

Amaury de Crayencour : l’art d’un acteur humble

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2020 n’est pas une mauvaise année pour tout le monde ! Le comédien Amaury de Crayencour enchaîne les projets. Il sera notamment notre French Doctor préféré dans la mini-série « Les copains d’abord » sur M6. Pour PressEyes, il s’est confié sur son parcours, sa vision de l’autre dans le jeu et du partage.

Rendez-vous au restaurant « Les Petits Cousins » rue des Trois Frères à Paris, un lieu que je ne connais pas du tout. Sur place, je découvre un petit havre de paix. Une devanture bleu électrique, ornée de fleurs blanches. Une terrasse tout en bois avec des banquettes aux jolis coussins blancs. Amaury de Crayencour est installé sur l’une d’elles. Le comédien dégage une belle simplicité. Nous échangeons un peu sur ce joli restaurant avant de commander nos cafés et commencer l’interview.

Amaury de Crayencour débute le théâtre à l’âge de 17 ans, dans une troupe formée au lycée par Stéphane Simons, professeur de lettre et amoureux du théâtre : « il nous réunissait une fois par semaine pour monter des spectacles. Ce n’était pas une option théâtre ». Ils se retrouvaient entre camarades de manière informelle pour monter des pièces. Au départ, l’acteur ne le fait pas par passion, mais pour l’ambiance qui y régnait, avec des personnes « cool » et une pièce qui lui plaisait : « Le Visiteur » d’Éric-Emmanuel Schmitt. « C’était pour jouer le rôle de Dieu qui débarque en smoking dans le bureau de Freud, je trouvais ça assez classe. »

Très vite, le jeune homme se prend réellement au jeu. Lorsqu’il monte sur cette scène du gymnase, il sent grandir en lui cette passion du théâtre. La deuxième année sera déterminante quand il interprète la comédie « Le Système Ribadier » de Georges Feydeau. « Je n’étais pas le clown de service de l’école, mais là quand tu vois tout le gymnase se mettre à rire, c’est magique. Ce n’est pas pour de bonnes raisons à la base, c’était plus pour « C’est cool ce métier, ça fait du bien pour prendre confiance » et puis très vite c’est devenu une passion. Je me suis rendu compte que je ne pouvais rien faire d’autre. » En 2006, Amaury entre au CFA des comédiens du Studio Théâtre d’Asnières, qui est aujourd’hui devenu une école nationale. À partir de ce moment-là, plus de doute sur son avenir : ce sera comédien ! 

Mille et une techniques artistiques 

Si certains acteurs ont des parcours assez classiques, entre le théâtre et le cinéma, Amaury de Crayencour a un chemin très éclectique. « Il y a ceux qui ont des voies royales ils commencent par aller au conservatoire, à la Comédie Française, décrochent un rôle principal dans un film, ça, c’est génial, mais ce n’est pas ce qui m’est arrivé. J’ai un parcours qui est fait de mille chemins et étapes différentes. »

Le comédien débute par des films institutionnels. Réel touche à tout, Il fait des photos, du doublage, des courts-métrages d’école… Un métier qu’il aime pour sa diversité : « J’adore faire un sketch pour « Nos Chers Voisins » et le lendemain jouer dans « Le Bureau des Légendes ». J’adore faire du théâtre privé comme j’ai pu faire avec Benoit Solès dans « La Machine de Turing » et puis faire du théâtre public avec Laurent Fréchuret ou Édouard Signolet. Je trouve qu’il y a beaucoup de snobisme dans ce métier et j’ai envie de défendre d’autres couleurs, m’investir dans différents projets et aventures, pour gommer cette image un peu snob que l’on se fait de ce métier ! »

Le comédien ne veut pas s’enfermer dans une branche particulière. Il veut avoir cette capacité de montrer qu’il peut être doué dans plusieurs domaines qui touchent à l’acting. Un comédien sensible avant tout au projet et à ce que ça lui insuffle plus que par la forme finale ou sa diffusion. « Je suis régi par mon travail, par le plaisir et les rencontres. »

Des rencontres qui sont primordiales pour le comédien, quand notamment je lui fais part de son seul en scène. 

La bienveillance d’une simplicité théâtrale 

« J’adore l’autre, j’adore partager. Le seul en scène, il y a quelque chose de très vertigineux. (…) C’est une expérience géniale, mais c’est vrai que si je devais choisir, j’adore la troupe ! » Un amour pour l’autre qu’il explique par le fait qu’être artiste correspond au besoin du désir de l’autre. « On a un besoin d’être aimé qui vient de deux aspects : on a tous des egos assez importants, qui vient de la nature même du métier, car tu dépends du désir de l’autre, c’est quand même fort. Tu attends que ton téléphone sonne pour que l’on te dise j’aimerais te voir dans mon film, j’aimerais te voir dans ma série’. »

Il me fait part des artistes qu’il admire comme sa femme Baya Rehaz, comédienne, mais aussi autrice et réalisatrice qui crée ses propres projets : « Ça, c’est magnifique, mais il faut en être capable ! Moi je ne suis pas auteur, donc dans mon travail je dépends du désir de l’autre. »  Il assume pleinement d’avoir besoin de cet amour de l’autre et de le provoquer ! « Chez les acteurs, on est tous dans la séduction, pas dans la séduction amoureuse, mais dans la séduction professionnelle. »

Au-delà de cet ego artistique, Amaury de Crayencour est un homme humble. Une humilité que j’ai pu ressentir depuis le début de la conversation. L’acteur ne cherche pas à m’impressionner, mais à être juste dans ce qu’il me raconte, avec beaucoup de sincérité. Amaury de Crayencour a su garder la tête sur les épaules. Une façon d’être qu’il explique par son expérience théâtrale. « Souvent, sur les tournages quand on voit un acteur qui est simple, cool, on en déduit qu’il fait du théâtre. C’est très manichéen ce que je dis, mais je trouve que dans le théâtre on apprend l’humilité, la simplicité. Il y a moins de star-systems qui peuvent exister à la télévision ou au cinéma. » Il me donne l’exemple du Pick-up, au cinéma, cette fameuse voiture qui vient chercher les comédiens chez eux pour les transporter sur le lieu du tournage. « C’est très important que ça existe, car c’est la meilleure manière pour qu’un comédien arrive au bon endroit. Mais il y a quelque chose comme ça sur les plateaux de télévision et de cinéma où l’on est beaucoup chouchouté. C’est beaucoup moins le cas au théâtre. Au théâtre, il y a un côté plus artisanal, où l’on met tous la main à la patte. »

Amaury de Crayencour s’amuse à deviner qui a fait du théâtre ou non, chez les acteurs de cinéma et de télévision avec lesquels ils tournent et remarque souvent une légère différence dans l’approche. « L’école que j’ai faite est le CFA, je trouve que c’est une école géniale. À chaque fois qu’un jeune me demande – j’ai l’impression d’avoir 75 ans quand je dis ça (rire) – quelle est la meilleure formation, je réponds que j’en ai fait qu’une, mais elle est excellente et très complète. Tu dois faire de l’assistanat à la mise en scène, assister un régisseur à la lumière. Quand on fait un spectacle et que l’on doit communiquer dessus, il y a toute une séance d’envoi. On est tous autour d’une table à coller des timbres à mettre des papiers dans des enveloppes. On touche un peu à tous les corps de métier et c’est important de ne pas penser qu’il y a l’acteur et tous les petits gens autour. Dans les faits, ce n’est tellement pas ça, et je trouve que c’est un apprentissage important. »

L’art de vivre entre ami-e-s

Nous continuons notre lancée sur ce thème de la solidarité et du vivre ensemble en abordant la toute nouvelle comédie signée M6 « Les copains d’abord » dans laquelle Amaury incarne l’un des rôles principaux, Dimitri Capellin, un médecin marié à Fleur (Judith Siboni), femme au foyer avec qui il a adopté Victoire, 14 ans. À leurs côtés on retrouve leurs meilleurs amis, la famille Binarelli, avec Julie (Olivia Côte), une institutrice, et son mari Antoine (Julien Boisselier), qui tente désespérément d’ouvrir son propre restaurant.

Ils vivent depuis des années dans le même immeuble, leurs enfants sont également très proches. Leur vie bascule le jour où l’immeuble va être vendu et ils vont être contraint de déménager. « Je suis médecin, je vais avoir les moyens de déménager ma famille ailleurs. Pour nos potes, les Binarelli, ce n’est pas la même chose. On ne va pas pouvoir se loger au même endroit, donc ça parle aussi de ces différences sociales et du problème de logement. » Impossible pour eux de se séparer. Ils vont réunir leurs forces pour continuer à vivre ensemble avec une idée de génie forgée par Fleur en participant à un concours d’habitat participatif, « pour faire la maison du bonheur tous ensemble. Bien évidemment la route vers la maison du bonheur sera pavée d’embûches ». 

Une mini-série de six épisodes de 52 min écrite par Edgard Grima. Au-delà du fait qu’elle soit accessible à tous, cette comédie évoque des thèmes importants comme l’homosexualité, la quête de sa sexualité, mais aussi l’adoption avec Fleur et Dimitri, qui ont une fille adoptive incarnée par la comédienne Ayumi Roux (SKAM).

Si c’est un sujet qu’il est essentiel d’évoquer, Amaury de Crayencour m’évoque le fait que cette notion d’adoption n’était pas pour lui une difficulté. « Pour l’histoire de l’adoption, je n’ai absolument pas réfléchi. Pour moi, c’était ma fille, adoptive ou pas, c’était ma fille, il y avait pas du tout un enjeu. Quand on adopte et que l’on est adopté, je crois qu’il est important de ne pas faire de différence. » Il me confie que ce qu’il lui a fait bizarre c’était justement de jouer un père de 38 ans avec une adolescente de 16 ans, alors que dans la vie il a deux enfants âgés seulement de 2 ans et de 5 mois. « Il y a eu ce travail-là, de me rendre crédible d’être un papa de 38 ans avec une fille de 16 ans, où dans la vie j’ai l’impression d’avoir 18 ans d’âge mental. » Pour aller plus loin dans le rôle, Ayumi Roux s’amusait à l’appeler « papa » ou « père » hors des caméras. 

Une famille dans la vie comme à l’écran

Une belle ambiance en dehors des plateaux fait la force de cette comédie, sans compter que les acteurs étaient déjà amis dans la vie. Amaury avait déjà joué dans la série « Nina » sur France 2 avec Julien Boisselier. Judith Siboni et Olivia Côte sont amies depuis le lycée. Une belle amitié qui a permis aux enfants autour d’eux de créer les mêmes liens et de bien s’entendre pour un tournage sain, dans la bonne humeur, avec cette réelle notion de famille. « Le premier jour de tournage, c’était dans le Luberon le 12 novembre. On n’était pas immédiatement dans un studio à Paris à se retrouver le matin et à rentrer chez soi le soir. Le premier soir justement, on a fêté l’anniversaire d’Olivia tous au restaurant. Il y a eu une fête dès le début, ce qui a donné le ton pour en faire une quasiment toutes les semaines du tournage. Et ces instants de fête, hors plateau avec toute l’équipe, mine de rien, ça lie. »

Une comédie dans laquelle on retrouve aussi Benjamin Bellecour, producteur chez Acme et co-dirigeant du Théâtre Lepic (auparavant le Ciné 13 Théâtre) où a été représenté la pièce « Le porteur d’histoire » d’Alexis Michalik, dans laquelle Amaury De Crayencour a joué pendant 7 ans. Catherine Jacob et Jean Benguigui qui incarnent les beaux-parents du comédien qu’il définit comme « des machines, ils sont incroyables en comédie et c’est juste magnifique »

L’acteur ne s’arrête pas seulement à ce nouveau programme diffusé sur M6 et enchaîne les nouveaux rôles ! Il sera à l’affiche du long-métrage d’Anthony Lesaffre, « Milo ». Changement de décor et d’ambiance. Un projet dans lequel le comédien met de côté la comédie et se plonge dans un univers post-apocalyptique où il devra faire face aux dangers de la forêt ! « J’ai adoré lire un rôle un peu badass que je suis impatient de tourner. Dans la première scène, il y a un mec qui est éjecté d’une petite cabane en ruines et puis moi j’arrive derrière avec une batte de baseball pour lui porter un coup… Il y a un aspect violent, mais c’est assez kiffant, en tant qu’acteur de se dépasser et de faire des choses qui n’ont aucun rapport avec soi dans la vie. »

Il sera également dans la série « César Wagner » sur France 2, où il va retrouver son compère Gil Alma de « Nos chers Voisins », ainsi qu’Olivia Côte. Il incarnera à nouveau un médecin. Oui, je vous l’avais dit, Amaury de Crayencour va être notre docteur Mamour français ! Le comédien rejoint le casting de « Tandem » où il jouera un suspect et sera interrogé par son épouse, l’actrice Baya Rehaz, qui incarne Inès Zaïdi. Le comédien ne s’arrête pas là ! On retrouvera Amaury De Crayencour dans la serie « Cassandre », diffusée sur France 2.

2020 semble être l’année folle d’Amaury de Crayencour, un acteur au grand cœur à découvrir ou redécouvrir absolument !

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